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Ma sélection de livres de 2022

Dernière mise à jour : 18 oct. 2023

Pour la troisième année consécutive, je partage avec vous ma sélection de livres parmi ceux lus l’an passé.


Si j’ai épluché plus de 80 livres en 2022, seuls quelques-uns valent la peine d’être recommandés ici. Tout comme les grands crus sont parfois absents des millésimes, et que le Goncourt et autres prix littéraires ne devraient pas être décernés certaines années, j’ai choisi de privilégier la qualité à la quantité. Cette fois-ci, la liste se limitera donc à seulement à 5 titres.



1. Je suis parce que nous sommes : chroniques anachroniques de Nancy Huston (2021)


couverture du livre Je suis parce que nous sommes de Nancy Huston

Recueil de dix-huit textes écrits pendant le confinement au printemps 2020, l’auteur dénonce la folie des sociétés occidentales et les paradoxes absurdes dans lesquels l’homme s’est fait lui-même prisonnier. Une écriture sans complaisance, qui peut certes déranger, mais qui tente désespérément de créer un sursaut.


Extraits :


« La Covid-19 n’est pas en elle-même une catastrophe, mais elle agit comme révélateur de toutes nos plaies. Elle expose à la lumière crue les sales petits secrets sur lesquels est bâtie notre société, et que nous préférons garder dans le noir. »


« N’est-il pas tout de même moins grave de se faire frôler intempestivement le sein dans un ascenseur que de passer douze heures par jour, six jours par semaine, à gravir une piste raide en portant vingt-cinq kilos de minerais sur le dos pour un salaire d’un dollar par jour ? »


« Nous ne comprenons même pas que nous sommes en train de nous éteindre. Qu’à force de nous croire supérieurs aux non-parlants, de remplacer nos rythmes par des algorithmes, l’humain par le transhumain et notre souffle vital par des bracelets de fitness, nous mettons en place le grand Effacement de toute vie sur Terre. Et l’univers de pousser un soupir de soulagement : Ouf ! enfin disparue, cette peste papotante de sapiens ! »


« C’est vraiment Gaïa, la Terre entière, qu’il s’agit de défendre désormais : contre notre gigantisme, notre hubris, notre haute opinion de nous-même et nos vantardises ampoulées, en un mot, contre nous ! En nous rappelant ce que ne peuvent jamais oublier les exilés : à savoir à quel point, pour de vrai, nous sommes petits. »



2. Un Chien à ma table de Claudie Hunzinger (2022)


couverture du livre Un Chien à ma table de Claudie Hunzinger

Quand on aime, on reste fidèle ! J’ai lu tous les livres de Claudie Hunzinger, et son dernier titre, Un Chien à ma table, ne fait pas exception. Couronné du prix Femina 2022, ce roman reprend le thème favori de l’auteur : une vie frugale dans la nature, en presque solitaire, loin d’un monde matérialiste en pleine dérive.


« On avait beau se croire posés quelque part en bordure du monde, il arrivait pourtant que l’air aux Bois-Bannis sente la mort comme partout. Ça venait par grosses vagues empoisonnées apportées par le vent du fond de la vallée. »


« Grieg est descendu de sa chambre – barbe de cinq jours, cheveux gris, bandana rouge autour du cou, sans âge et sans se presser, comme quelqu’un à qui on ne la fait pas, revenu de tout, revenu du monde qui ne le surprenait plus, ne l’indignait pas davantage, dont il avait accepté la défaite en même temps que celle de son corps, ce monde auquel il préférait à présent les livres »


« Les mots, les oiseaux, ensemble liés, fragiles, abîmés, décimés par nous, ça, je le ressentais très fort. Quand est-ce que tout avait commencé ? Sans doute bien avant qu’on s’en aperçoive. À quel moment tout s’était-il mis à foirer, visiblement ? Qu’est-ce qui s’était joué dans notre dos dont on avait ignoré les signaux lugubres ? »



3. Cœur de lièvre de John Updike (1960)


couverture du livre Coeur de lièvre de John Updike

C’est l’histoire d’un homme qui descend acheter des cigarettes et qui ne revient pas, et qui se met à courir après un idéal inatteignable. Si le pitch paraît d’une extrême banalité et si la voix narrative a parfois été qualifiée de « monocorde », ne vous fiez pas à la simplicité apparente de Cœur de lièvre. John Updike est un écrivain qui s’attache au détail du quotidien, qui sait extraire de l’ordinaire les quelques moments privilégiés et les magnifier.


« L’idée qu’elle pose sur les pierres ses pâles pieds nus de citadine pour lui faire plaisir déchaîne des sanglots dans son cœur épuisé de fatigue, et il se cramponne au cœur robuste de Ruth avec la faiblesse du chagrin. »


« Rabbit ferme les yeux, et l’obscurité dans laquelle il plonge vibre du bruit incessant des automobiles de la nuit passée. »


« Des flocons de poussière flottant dans la lumière laiteuse voguent entre le milieu du parquet et le haut des fenêtres, effleurant tout d’une touche d’innocence, de beauté et d’espoir. »



4. Les Cavaliers de Joseph Kessel (1967)


couverture du livre Les Cavaliers de Joseph Kessel

Si vous souhaitez lire un excellent roman d’aventures, ou que vous peinez à écrire des descriptions sortant de l’ordinaire et recherchez un livre où l’auteur excelle dans l’art de la caractérisation, procurez-vous de toute urgence un exemplaire du chef d’œuvre de Joseph Kessel, Les Cavaliers, fresque épique et grandiose se déroulant en Afghanistan.


« Dans tout l'univers du batcha, aucun homme ne pouvait se mesurer à Toursène. Aucun n'avait cette profondeur dans le torse, cette ampleur des paumes, la majesté de ce front. Aucun ne portait en si grand nombre les marques de la gloire sur sa chair, dans ses os : le nez fracturé, l'arcade sourcilière rompue, les balafres et les cicatrices confondues aux rides, les poignets difformes et les rotules disjointes. Chaque blessure témoignait d'une chevauchée, d'un combat, d'un triomphe de centaure dont les bergers, les jardiniers, les palefreniers, les artisans répétaient la légende. Pour un enfant les fables n'ont pas d'âge. Chez Toursène, la vieillesse, ne signifiait rien. Un héros, une idole, sont au-delà du temps. »


« A l'ordinaire, l'œil d'Ouroz, prompt et dur, relevait tout de suite, sur les visages et les corps, leurs travers, leurs malfaçons. Cet homme avait la bouche vile, celui-là un menton d'esclave, cet autre le regard craintif, lâche, cet autre le front stupide, cet autre encore le sourire visqueux ou félon. Et les épaules veules, les nuques ployées, les poitrines creuses, les jambes débiles, les ventres gonflés. . . Et les boiteux, les cagneux, les morveux, les goitreux, les borgnes. . . De tout cela, et chaque année davantage, Ouroz avait nourri, fortifié son dédain pour le troupeau de ses semblables et, avec lui, sa superbe et sa solitude. « Suis-je si différent d'eux ? » se demanda soudain Ouroz. »



5. Martin Eden de Jack London (1909)


couverture du livre Martin Eden de Jack London

Mentionné par une participante lors d’un atelier que j’ai récemment animé à Paris, j’ai eu envie de relire ce classique de la littérature américaine. Plus connu pour Croc Blanc et L’Appel de la forêt, Jack London n’est pourtant pas un auteur spécialisé dans la littérature jeunesse. Il est avant tout un écrivain engagé.


Martin Eden est un roman semi-autobiographique dans lequel l’auteur dénonce l’individualisme de la société bourgeoise et l’hypocrisie de l’élite littéraire. Son protagoniste, un jeune marin sans le sou, autodidacte, décide de se cultiver pour intégrer la classe bourgeoise. Bientôt, à sa soif de connaissances s’ajoute l’obsession de l’écriture. Déterminé à se faire un nom dans le milieu des lettres, il persévère, sans succès d’abord, réduit à vendre son unique costume pour payer les timbres qui serviront à envoyer ses manuscrits aux éditeurs. Quand le succès frappe soudain à sa porte, c’est un désenchantement pour le jeune homme. Il ne comprend pas qu’on le traite maintenant comme un seigneur : il est « le même qu’alors », le même Martin Eden que « vous rouliez dans la boue, sous vos pieds. »


« Les nombreux livres qu'il lisait ne faisaient qu'exacerber son impatience. Chaque page tournée ouvrait un volet de la forteresse du savoir. Sa faim se nourrissait de ses lectures sans jamais le rassasier. »


« Chaque jour, il écrivait ses trois mille mots et chaque soir il piochait dans les magazines, prenant des notes sur des nouvelles, des articles, des poèmes. »


« Ce n’est pas dans le succès d’une œuvre qu’on trouve sa joie, mais dans le fait de l’écrire. »


« Autrefois, il imaginait naïvement que tout ce qui n'appartenait pas à la classe ouvrière, tous les gens bien mis avaient une intelligence supérieure et le goût de la beauté ; la culture et l'élégance lui semblaient devoir marcher forcément de pair et il avait commis l'erreur insigne de confondre éducation et intelligence. »


***


Et vous, quels sont vos conseils de lecture ? Avez-vous beaucoup lu en 2022 ?


Se remettre à la lecture fait-il partie de vos résolutions pour 2023 ? Si oui, lisez ce qui suit ⏬


photo d'une bibliothèque pleine de livres

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