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Devenir écrivain : mythes et réalités sur le métier

Mis à jour : avr. 16

Aujourd’hui, dans ce billet de blog, je vous propose de nous intéresser au métier d’écrivain, d’en déconstruire certains mythes et d’en donner un aperçu qui soit plus proche de la réalité.


machine à écrire d'écrivain

Talent inné ou apprentissage d’un métier ?


Mythe n°1 : un écrivain est doté d’un talent d'écriture inné ; écrire est naturel pour lui.

La réalité : si le talent (beaucoup plus rare qu’on ne l’imagine) peut sublimer une pensée, une idée, des mots, il n’est jamais suffisant pour commencer et achever l’écriture d’un livre.


Un livre ne s’écrit jamais tout seul, c’est-à-dire naturellement, ou d’une seule traite, ou sans travail ni effort.


Si vous suivez ce blog ou que vous avez déjà participé à l’une de nos formations à l’écriture créative, vous savez que l’un des crédos de l’atelier d’écriture by Christine est qu’écrire un roman, cela s’apprend et requiert beaucoup de travail.


Certains auteurs se proclament autodidactes. Ceux-ci sont généralement de très grands lecteurs, c’est-à-dire des personnes qui se sont nourries abondamment de littérature classique ou de fiction contemporaine depuis leur plus jeune âge. En lisant énormément, ces écrivains ont, consciemment ou pas, enregistré dans leur mémoire cognitive les mécanismes de la narration et du romanesque. Ils sont alors capables d’appliquer certaines de ces techniques narratives lors de l’écriture de leurs propres livres.


De plus en plus d’auteurs se forment au métier d'écrivain, apprennent des techniques d'écriture en participant à des ateliers d’écriture ou en suivant un master de création littéraire à l’université. C’est un fait qu’on ignore souvent, car la pratique est encore nouvelle en France, alors que dans le monde anglo-saxon, une écrasante majorité des auteurs que nous adulons sont passés par un cursus universitaire de creative writing.


Écrire un livre n’est jamais chose facile et ne s’improvise pas – même pour les écrivains expérimentés ou dits « talentueux ».



Combien d’heures d’écriture par jour ?


Mythe n°2 : un écrivain écrit toute la journée.

La réalité : écrire requiert une telle énergie psychique que même les écrivains les plus expérimentés, même ceux qui ont fait de l’écriture leur métier, n’écrivent qu’un maximum de 4 à 5 heures par jour.


Bien sûr, il y a toujours des exceptions à la règle. Mais les Honoré de Balzac et Stephen King ne sont pas légion.


Durant mes périodes les plus productives, je suis capable d’écrire 3 heures par jour, pas plus. Au-delà de ce quota, mon cerveau est en surrégime, mon corps ne suit plus (il m’arrive alors de tomber de fatigue et de faire une sieste en pleine journée), je dois m’arrêter sous peine de frôler la saturation et ne pas arriver à m’y remettre le lendemain.


Parfois, de manière exceptionnelle, il m’arrive d’atteindre un plafond de 5 heures d’écriture par jour, mais cela n’est possible qu’après des semaines d’entraînement, quand j’ai écrit tous les jours sans interruption pendant plusieurs mois d’affilée. Cet entraînement soutenu me permet d’augmenter progressivement mon volume d’écriture, comme le ferait un coureur de fond qui commencerait par une demi-heure de course par jour et finirait par courir plusieurs heures par jour. J’ai connu ce rendement de 5 heures à deux reprises : lors de la phase finale de la réécriture de mes livres Embarquement pour la Chine et Au royaume des aveugles. Lors des étapes d’élaboration, de construction et d’écriture de premier jet, je ne suis pas capable d’aller au-delà de 2-3 heures par jour.


En cas de « mauvais jour » où ma productivité littéraire est très faible pour des raisons diverses, je m’astreins à écrire un minimum de vingt minutes. Et en cas de situation « extrême » (si j’ai des urgences à régler ou que je suis malade), j’écris une seule ligne : cela me permet de ne pas perdre de vue mon projet.



Quelques écrivains au travail ! De haut en bas et de gauche à droite :

Arthur Conan Doyle, Colette, Agatha Christie, Marguerite Duras, Alexandre Soljenitsyne, James Baldwin, Gabriel Garcia Marquez, Harper Lee, Nicolas Bouvier.



Trouver l’inspiration ou se discipliner pour écrire ?


Mythe n°3 : l’écrivain sait comment trouver l’inspiration chaque jour, et c’est l’inspiration qui lui permet d’écrire.

La réalité : l’écrivain n’attend pas l’inspiration. Il se met tous les jours à son bureau, qu’il soit inspiré ou non, qu’il ait envie d’écrire ou pas.


Pendant mes premières années d’écriture, moi aussi j’attendais que l’inspiration vienne pour me saisir de mon carnet et de mon stylo. Transportée par cette forme d’énergie créatrice qui me frappait de temps à autre, je jubilais alors : les mots coulaient tous seuls, les phrases qui se formaient ne me semblaient pas trop mauvaises et j’avais la sensation d’être dans un état de transe à haute charge émotionnelle ! Plusieurs années plus tard, le constat était sans appel : ces quelques minutes de grâce par-ci par-là, aussi agréables fussent-elles, seraient toujours insuffisantes pour aller jusqu’au bout de mon premier roman. Pire : en relisant à froid ces phrases que je croyais réussies, je réalisai l’urgence de les retravailler… ou de les jeter à la poubelle !


Si les instants de fulgurance sans effort peuvent donner lieu à quelques beaux passages, il est absolument indispensable de se discipliner, de multiplier les plages d’écriture pour espérer écrire régulièrement et produire abondamment – deux objectifs à atteindre si l’on souhaite terminer l’écriture d’un livre.


Chaque écrivain a ses propres habitudes d'écriture, mais rares sont les écrivains professionnels qui souffrent du syndrome de la page blanche : ils savent qu'ils doivent s'assoir à leur bureau et poursuivre l'écriture de leurs projets littéraires chaque jour, s'ils veulent envoyer leurs manuscrits à leur maison d'édition dans des délais raisonnables. Ils ne se demandent pas comment écrire chaque jour, ils écrivent chaque jour.


Comme disait Philip Roth : « Le travail est essentiel. Seuls les amateurs attendent l’inspiration. »



Devenir écrivain : un métier à temps plein ?


Mythe n°4 : l’écrivain passe ses journées à écrire et ne rien faire d’autre qu’écrire.

La réalité : 98% des écrivains exercent un autre métier pour vivre.


Devenir écrivain et vouloir se faire éditer n’est pas antinomique avec le fait d’avoir déjà une activité professionnelle à temps plein. Au contraire, c’est même bien souvent indispensable. Dans l’écrasante majorité des cas, l’écrivain doit nécessairement conserver une source de revenus en parallèle de son activité d’écriture pour pouvoir manger et payer ses factures. Les chiffres en témoignent :


Une étude menée par la DGMIC (Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles) en 2016 a recensé plus de 100 000 auteurs de livres en France, tous genres confondus. Sur ces 100 000 auteurs, seuls 5 % d’entre eux sont « affiliés », c’est-à-dire qu’ils ont perçu au moins 9 000 euros par an de la vente de leurs livres. Peut-on dire que l’on vit de sa plume avec seulement 9 000 € par an ? En réalité, pour gagner l’équivalent d’un SMIC, un auteur doit vendre plus de 10 000 exemplaires de ses livres par an (les droits d’auteur octroyés par les éditeurs s’élevant à 8% des ventes en moyenne en France). Par ailleurs, il est à noter que seuls ces 5% d’auteurs affiliés ont droit à une couverture sociale.


Un mythe s’écroule : celui de l’écrivain qui connaît le succès et fait fortune dès la publication de son premier livre… On comprend mieux la nécessité pour 98 % des auteurs d’exercer un autre métier pour vivre.


L’écriture doit être une envie chevillée au corps, un besoin impérieux pour soi-même, et non un moyen de réaliser son fantasme de richesse et reconnaissance sociale. Comme disait Jean d’Ormesson, “Littérature et besoin de gagner de l’argent sont incompatibles.” En effet, être écrivain ne signifie pas uniquement être passionné d'écriture, mais est souvent synonyme de sacrifices.


Voir l’étude complète du 16 mars 2016 sur la situation économique des auteurs du livre (DGMIC).


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