Faut-il quitter son emploi pour devenir écrivain ? Mythes et réalités
- 25 mai
- 6 min de lecture
L’écriture tient une place importante dans votre vie, c est une évidence. Vous avez un ou plusieurs projets de livre en tête depuis des années, mais vous peinez à mettre le point final à votre manuscrit. Alors, comme beaucoup, vous vous posez cette question : dois-je tout arrêter ou démissionner pour écrire à temps plein ? C’est la fameuse idée du congé sabbatique ou de la rupture conventionnelle qu’on hésite à demander pour terminer (ou commencer) d’écrire son livre.
Dans ce blog, mais aussi dans les ateliers d’écriture que j’anime, je mets un point d’honneur à déconstruire les mythes qui perdurent autour de l’écriture. Aujourd’hui, je vais démontrer pourquoi, dans la plupart des cas, quitter son travail pour écrire n’est pas une bonne idée, et quelles autres solutions s'offrent à vous.
💡 En bref : Quitter son emploi pour devenir écrivain est souvent un piège. Entre l'absence de revenus immédiats en édition, la saturation créative après 4 heures d'écriture et la perte de repères face au temps libre, la réalité est rude. Conserver un travail alimentaire protège votre créativité, vous garde ancré dans le réel et permet de financer votre passion.
5 réalités sur le quotidien d'un écrivain à temps plein
Pour vous lancer dans l'aventure de l'écriture en toute lucidité, voici 5 réalités à connaître :
1. Arrêter de travailler est un luxe financier (surtout en France)
Avez-vous bien fait vos calculs ? Pouvez-vous vraiment vous permettre d’arrêter de travailler ? Il faut rappeler qu'en France, l’écriture, même si vous l’envisagez comme votre activité principale, ne remplacera certainement jamais les revenus que vous perceviez grâce à un travail alimentaire. C’est la dure réalité : en France, les chances de percevoir un à-valoir sont nulles si vous n'êtes pas déjà un écrivain reconnu. Pendant tout le temps où vous écrivez votre livre, vous ne gagnez pas un rond. De plus, les ventes de livres rapportent souvent des revenus anecdotiques comparés à un salaire mensuel. On ne devient pas riche en devenant écrivain !
Personnellement, depuis l’âge de 25 ans, je caresse le doux fantasme de ne rien faire d’autre qu’écrire. Mais durant ces 20 dernières années, cela a toujours été matériellement inenvisageable. Alors, plutôt que de me sentir frustrée (réaction), j’ai commencé à réfléchir à des solutions (action) afin d'allier travail alimentaire et écriture de mes livres.
2. Le cerveau sature après 4 heures d'écriture par jour
Pourquoi vouloir quitter votre travail ? Pour y consacrer vos journées entières ? Dans la réalité, très peu d'écrivains dépassent 4 à 5 heures d'écriture par jour : au-delà de cette durée, le cerveau créatif sature.
Alors posez-vous les questions suivantes :
Serai-je capable de passer 4 heures seul, face à mon écran d’ordinateur, tous les jours ?
Serai-je capable de m'isoler totalement des sollicitations extérieures (famille, réseaux sociaux) et de n'avoir aucune interaction pendant ces 4 heures ?
Si 1 ou 2 heures d'écriture vous semblent plus raisonnables, il n'est pas pertinent de démissionner. Le reste du temps, vous risquez de vous ennuyer ou de déprimer pendant que les autres sont au travail. 😉
3. Plus on a de temps, plus on en perd.

Avez-vous déjà remarqué que lorsque vous êtes en vacances ou en weekend, le temps passe plus vite ? Le petit-déjeuner qui vous prend 10 minutes en semaine, parce que vous devez être au bureau à 9h, peut durer plusieurs heures le weekend.
Avoir un travail où on est attendu nous impose d'avoir une organisation quotidienne. C’est la fameuse routine dont on rêve de se débarrasser. Pourtant, la routine a du bon : elle permet de rester dans l’action. Lorsque la routine explose et qu’on se retrouve avec du temps à ne plus savoir qu’en faire, la réjouissance est de courte durée. Sans repère, l’action est vite remplacée par le désœuvrement, la culpabilité, voire la déprime. En pendant ce temps, le projet d'écriture qui semblait pourtant si urgent n'avance pas.
4. Écrire et faire publier un livre prend plusieurs années
Il faut généralement 3 à 5 ans pour écrire et faire publier un livre. Un congé sabbatique de quelques mois ou d'un an ne suffit pas pour inscrire durablement l’écriture dans son mode de vie. Une fois le congé terminé, la problématique de départ se présentera de nouveau. Il est donc préférable de réfléchir à des solutions immédiates pour libérer quelques heures par semaine, quelle que soit votre situation actuelle.
5. Garder un travail alimentaire stimule la créativité
Cela semble paradoxal, mais un travail rémunéré soulage l'esprit de l'angoisse financière. Vous libérez ainsi de l’espace mental pour l’écriture de votre roman. De plus, écrire, c’est chercher à être au plus proche de la vérité. Il est donc impératif de rester connecté au réel. Quoi de plus inspirant qu'un lieu de travail où les personnalités se croisent et donnent lieu à des situations dans lesquelles vous pourrez puiser des idées ? Garder une activité professionnelle permet de rester dans une dynamique indispensable à une vie équilibrée.
L'exemple de Franz Kafka : écrivain et assureur
Saviez-vous qu'avant d'être l'auteur que l'on connaît, Kafka était assureur ? Bien que tiraillé entre ces deux activités, il les a concilié de 24 à 38 ans, soit jusqu’à deux avant sa mort. Il écrivit dans son journal :
« Ma façon de vivre est organisée uniquement en fonction de la littérature, et si elle subit des modifications, c’est uniquement pour répondre le mieux possible aux nécessités de mon travail car le temps est court, les forces sont minimes, le bureau est une horreur, l’appartement est bruyant, et il faut tâcher de se tirer d’affaire par des tours de force, puisque cela ne se peut pas en suivant un beau chemin bien droit. »
Comme nous, Kafka peinait à mener de front travail et passion. Pourtant, il grimpa les échelons du métier d’assureur tout au long de sa carrière, tout en consacrant plusieurs heures par jour à l’écriture.
« Je crois presque entendre la meule qui me broie littéralement entre la littérature et le bureau. Puis viennent d’autres moments, où je tiens relativement les deux en balance, surtout lorsque j’ai mal travaillé à la maison. »
Malgré la souffrance de ne pouvoir s’adonner complètement à sa passion, on comprend que son travail d’assureur était parfois salvateur, permettant à Kafka de ne pas sombrer dans le désespoir lorsque l’écriture devenait trop difficile.

Anecdote de voyage : Si vous êtes de passage à Prague, n’hésitez pas à consacrer un peu de temps au musée Kafka (une heure suffira). Il vous faudra passer l'obstacle de l’hôtesse acariâtre et de son tonitruant « Tickets buy other there ! », mais dites-vous que l’accueil kafkaïens de la vieille dame est une plongée immédiate dans l’univers de l'auteur pragois !
Comment savoir si vous êtes prêt à devenir écrivain ? Mes conseils
Avant de prendre une décision aussi radicale que de démissionner ou envisager une reconversion professionnelle, posez-vous ces trois questions fondamentales :
Depuis combien de temps est-ce que j’écris régulièrement ? Si vous n’avez écrit que des bribes et jamais plus d’une heure par jour, vous n’êtes pas prêt à changer de vie. Mon conseil : commencez par mettre en place une routine d’écriture, même modeste (15 minutes d’écriture par jour, par exemple).
Ai-je un vrai projet d’écriture ? Si la réponse est non, quelle est la vraie raison pour laquelle vous voulez changer de vie ? Mon conseil : avant toute chose, définissez clairement un projet d’écriture (un roman, un recueil de nouvelles, par exemple) et fixez-vous une date limite pour le terminer.
Suis-je prêt à faire de l’écriture ma priorité ? Si vous refusez de sacrifier vos cours de yoga, le chant ou le brunch du dimanche de 12h à 17h , vous ne l'êtes pas encore.
Conclusion : La discipline plutôt que la démission
Quitter votre travail ne vous fera pas écrire plus. Le manque de temps n’est pas la raison pour laquelle vous n’écrivez pas ; c'est le manque de pratique et de discipline.
Pour que l'écriture devienne une pratique quotidienne et fasse partie durablement de votre mode de vie, rejoignez mon stage d'écriture en ligne :
✍️ À vous de jouer !
Avez-vous déjà envisagé de quitter votre emploi pour devenir écrivain ? Quelle leçon en avez-vous tiré ? Partagez votre expérience dans les commentaires !
🎁 Bonus : ma sélection des citations de Franz Kafka
« L'écriture est une activité atroce, qui implique une ouverture totale du corps et de l'âme. » (Journal, 23 septembre 1912)
« Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? » (Lettre à Oskar Pollak, janvier 1904)
« Ma vie, au fond, consiste et a consisté depuis toujours en tentative pour écrire, et le plus souvent en tentatives manquées. Mais lorsque je n’écrivais pas, j’étais par terre, tout juste bon à être balayé. » (Lettre à Felice, 1er novembre 1912)




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