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Le confinement ne vous fera pas écrire plus, sauf si…


Depuis qu’une bonne partie du monde se retrouve à vivre un quotidien radicalement différent, en raison de l’actualité, je vois passer plusieurs fois par jour des publications clamant que c’est le moment de se (re)mettre à écrire. J’avoue avoir moi-même participé à la prolifération de cette prescription au début du confinement.


Et puis très vite, j’ai commencé à recevoir deux types de messages : des messages de mes amis écrivains, ceux qui écrivent régulièrement depuis plusieurs années ; et des messages de personnes qui aspirent à écrire ou débutent dans l’écriture, avec qui j’ai travaillé lors d’un atelier d’écriture ou au cours d’un accompagnement personnalisé.


Parmi les messages que j’ai reçus, deux tendances se dessinent :

  1. Chez certaines personnes, l’exhortation au confinement ne change quasiment rien à leur quotidien : rester enfermé chez soi durant des heures, concentré sur son travail d’écriture, était déjà une habitude ancrée, bien avant l’arrivée du coronavirus et les mesures prises pour endiguer sa propagation.

  2. Chez les personnes qui aimeraient ou envisagent de se mettre à écrire régulièrement, j’ai reçu plusieurs témoignages relatant leur étonnement à ne pas parvenir à écrire plus, en dépit du confinement et des nombreuses heures à tuer dont elles disposent aujourd’hui.


La conclusion est assez facile : c’est un leurre (un de plus) que de croire que le confinement va nous permettre d’écrire plus.


Les fausses croyances autour de l’écriture et du métier d’écrivain sont pléthore. L’une des plus populaires est la suivante :


J’ai toujours eu envie d’écrire, mais je n’écris pas par manque de temps.


De cette fausse croyance découlent de nombreuses variantes :


J’écrirai quand ce sera le bon moment

J’écrirai quand j’aurai démissionné

J’écrirai quand je serai à la retraite

J’écrirai quand mes enfants seront grands

Etc… etc…


Attendre le bon moment pour écrire n'est pas une solution.


On le voit bien aujourd'hui : que dire du confinement qui nous est imposé ? Ne correspond-il pas à ce fameux « bon moment » que beaucoup attendaient ? N’offre-t-il pas soudainement ce temps qu’on rêvait d’avoir pour écrire ? Et pourtant, force est de constater que le confinement ne fait pas plus écrire.


La vérité, c’est qu'il n'y a pas, et il n’y aura jamais, de bon moment pour se mettre à écrire.


Je les entends déjà, ceux qui diront : « Oui c’est vrai, je suis confiné avec plus de temps à disposition, mais j’ai les enfants sur le dos, je dois m’occuper de ma maison, gérer des choses que je ne gérais pas avant… » Ou encore : « A cause du confinement, je suis angoissé, j’ai perdu toute inspiration… »


Soyons honnêtes : il y aura toujours des imprévus dans la vie. Il y aura toujours une bonne excuse de ne pas écrire.

Et si on arrêtait de se trouver des excuses ? Je vous propose, à la place, de regarder la réalité en face et d’avoir le courage de fournir les efforts qu’exige la pratique de l’écriture.

Attendre du confinement qu’il vous « débloque » et vous permette d’écrire, ou de terminer ce livre que vous avez en tête depuis des lustres, est une illusion, et ne peut être que source de déception. Le confinement ne changera rien (ou pas grand-chose) à vos habitudes d'écriture. Le confinement ne fera pas de vous un être discipliné du jour au lendemain. Le confinement, ou les circonstances extérieures en général, ne peuvent rien pour vous. Vous seul pouvez changer les choses.


C’est en quelque sorte rassurant, si on y réfléchit, car cela veut dire que vous n’avez pas à attendre la solution de quelqu’un, que vous ne dépendez de personne sur ce coup-là. Mais cela veut dire aussi que vous ne pourrez pas blâmer les autres de ne pas avoir écrit. Nous sommes responsables de ce que nous entreprenons ou n’entreprenons pas.


Le confinement ne vous fera donc pas écrire plus, sauf si vous acceptez de travailler sur vous-même, en vous posant, avant tout, la question suivante : « Pourquoi est-ce important pour moi d'écrire ? »

L’écriture n’est pas qu’un état d'esprit, c’est surtout la capacité à prendre les actions nécessaires pour dégager du temps, et utiliser ce temps pour se mettre concrètement à écrire. Vous ne pouvez pas vous proclamer écrivain, ou même vouloir écrire un livre, si vous n’écrivez pas régulièrement (par régulièrement, il faut comprendre « tous les jours ou presque »).


L’écriture est une question de priorité. Confinement ou pas, travail ou pas, enfant ou pas, si l'écriture n'est pas une priorité absolue, elle ne démarrera pas toute seule, comme par magie, et ne prendra pas plus d'ampleur que ça.

Pour autant, faire de l’écriture une priorité ne veut pas dire « arrêter de vivre ». Vous pouvez tout à fait écrire tous les jours, tout en continuant d’avoir une activité professionnelle (même très exigeante), tout en vous occupant de vos enfants (même petits), tout en gérant les contraintes du quotidien (même nombreuses). Certains l’ont déjà fait, beaucoup le font encore, alors pourquoi pas vous ?


Croire qu’il faut attendre l’inspiration ou d’être dans une situation « confortable » (que ce soit matériellement ou psychologiquement parlant) est une erreur.


Voici quelques recommandations de base pour vous y mettre :

  • Fixez-vous un objectif quotidien réaliste : 300 ou 500 mots par jour, ou une demi-heure à une heure par jour. Mettre la barre trop haut, trop vite, c'est le meilleur moyen de se décourager au bout de quelques jours et c’est donc contre-productif.

  • Écrivez, quel que soit le sujet. Journal du confinement, pourquoi pas. Projet de roman, très bien. Pensées pour vos proches, vous faites d’une pierre deux coups. Démarrez un nouveau projet si vous le voulez, mais ne passez pas trois heures à vous demander par quoi commencer. Ce qui compte, c'est l’acte d'écrire.

  • Ne cherchez pas à écrire « bien » immédiatement, n’attendez pas d’être satisfait de ce que vous avez écrit. Un écrit de qualité vient avec le temps, du travail, beaucoup de travail, de nombreuses heures de réécriture. Ne vous préoccupez pas de la qualité à ce stade. Ecrivez, sans essayer de savoir si ce que vous écrivez est bien ou pas.

  • Tenez-vous à votre objectif et écrivez tous les jours, même (et surtout) lorsque vous n’en avez pas envie ou que vous n’avez pas le moral. Les grands sportifs n’ont pas tous les jours envie d’aller à l’entrainement, mais ils y vont quand même, ils ne se posent même pas la question.

N'oublions pas que lorsque cette crise sera derrière nous (car elle finira bien par l'être), que nous reviendrons à nos petites vies, nous regretterons la période où « nous avions le temps ».

Alors, plus tôt vous commencerez à mettre en place de nouvelles habitudes d’écriture, plus vite elles deviendront ancrées, et mieux armés vous serez pour continuer à écrire régulièrement lorsque la vie reprendra le dessus.


Prenez soin de vous, écrivez, et n'hésitez pas à partager vos propres astuces en commentaires !