top of page
Rechercher

S’isoler pour écrire : une retraite d’écriture d’un mois

Dernière mise à jour : 19 oct. 2023

La semaine prochaine, et pour une durée d’un mois, je mets en suspens toutes mes activités – qu’elles soient familiales, sociales, récréatives ou professionnelles – pour me consacrer entièrement à mon écriture.


 

📢 NOUVEAU ! 📢

Depuis 2023, L'atelier d'écriture by Christine organise des retraites d'écriture. Bénéficiez du cadre porteur d'un lieu spirituel pour vous immerger dans l'écriture le temps d'un week-end :


 

Réorganiser son quotidien pour se consacrer à l'écriture


Si cette décision a été plutôt facile à prendre, en raison de l’urgence ressentie à écrire de nouveau intensément, sa mise en œuvre a nécessité une réorganisation loin d’être simple, notamment avec l’arrêt de mes ateliers d’écriture et le fait de me rendre non disponible durant cette longue période.


maison dans les montagnes brumeuses

Par le passé, j’ai déjà vécu plusieurs immersions quasi totales dans l’écriture en séjournant dans des temples bouddhistes ou des monastères chrétiens. Il faut savoir que ces lieux de spiritualité vous accueillent toujours généreusement, sans condition ni question sur vos croyances religieuses. J’ai donc plusieurs fois bénéficié de ces cadres propices à un retour sur son intériorité et, coupée du monde et du temps, travaillé à mon écriture sans distraction autre que les ruminations de mon esprit. Mais la durée de ces retraites n’avait jamais dépassé une semaine. Aujourd’hui, j’ai envie d’une immersion plus longue, plus intensive, plus extrême, pour voir jusqu’où je peux aller et savoir ce qui peut ressortir d’un mois entier consacré à l’écriture.


Un modèle : Kazuo Ishiguro


portrait de l'écrivain Kazuo Ishiguro

C’est la redécouverte de Kazuo Ishiguro qui m’a donné l’impulsion pour cette retraite d’écriture. En effet, suite à la lecture de son roman The Remains of the days (Les Vestiges du jour en français), chef d’œuvre de la littérature contemporaine rendu célèbre par son adaptation cinématographique avec Anthony Hopkins, j’ai développé une sorte d’obsession momentanée pour cet auteur, comme cela m’arrive parfois lorsque je me prends une « claque littéraire » en découvrant le travail d’un grand maître. En plus d’avoir lu tous ses romans, je suis également tombée sur un article du journal anglais The Guardian, dans lequel Ishiguro relate comment il a écrit le premier jet des Vestiges du jour en s’isolant pendant quatre semaines. C’est cette expérience, qu’Ishiguro nomme « le crash », qui m’a décidée à organiser ma propre retraite d’écriture.


Ma version du « crash » sera évidemment moins ambitieuse. Si Ishiguro exclut toute communication extérieure pendant un mois, je choisis de conserver 30 minutes par jour pour lire et répondre aux mails qui seront urgents. 30 minutes, c’est peu, mais c’est bien : j’irai ainsi à l’essentiel. En revanche, tout réseau social sera banni durant ce mois d’écriture.


Six heures par jour d'écriture, zéro réseau social


Ishiguro consacre dix heures par jour à l’écriture durant son crash ; j’ai pour objectif d’y consacrer six heures. Mon rythme habituel est plutôt d’une à trois heures par jour, avec un pic à cinq heures lorsque je suis en phase de réécriture. Six heures, je n’ai jamais encore atteint ce chiffre. Comme Ishiguro, je m’octroierai un seul jour de repos par semaine.


Il y aura sûrement des imprévus et des réajustements à faire en cours de route, mais l’objectif est fixé, l’emploi du temps planifié. Je mets donc un maximum de chances de mon côté pour que ce précieux mois d’écriture soit riche en productivité, apprentissages, surprises et percées !


Rendez-vous au prochain billet de blog qui relatera cette immersion d’un mois dans mon travail d’écriture.


***


Et vous, avez-vous déjà envisagé ou expérimenté une retraite d’écriture ? Comment vous organisez-vous pour dégager du temps pour écrire ?


 

Pour vous, j’ai traduit l’article de Kazuo Ishiguro afin que vous puissiez découvrir ce qu’il appelle le « crash » :


Kazuo Ishiguro : comment j’ai écrit Les Vestiges du jour en quatre semaines


De nombreuses personnes doivent travailler chaque jour de longues heures. Cependant, en ce qui concerne les romanciers, un consensus semble s’établir autour de quatre heures. Au-delà de cette durée, la productivité décline. J’ai toujours été plus ou moins en accord avec cette réalité, jusqu’à l’été 1987 où j’ai senti le besoin d’une approche drastique. Lorna, mon épouse, a accepté de me soutenir dans cette démarche.


Après avoir quitté mon emploi à temps plein, j’étais arrivé à maintenir un rythme d’écriture régulier et une productivité stable. Mais la vague de succès survenue après la parution de mon deuxième roman (Un artiste du monde flottant, NDT) apporta son lot de distractions. Des propositions enrichissantes pour ma carrière, des invitations à des dîners et à des fêtes, de séduisants voyages à l’étranger, ainsi que des montagnes de courrier mirent pratiquement fin à mon « véritable » travail de romancier. J’avais écrit le premier chapitre d’un nouveau roman l’été précédent, mais presque un an plus tard, je n’avais guère avancé sur ce projet.


Un rythme d’écriture régulier et une productivité stable


Aussi, Lorna et moi mîmes sur pied une stratégie. Pour une durée de quatre semaines, je refuserais impitoyablement toute sollicitation et m’astreindrais à ce que nous appelions mystérieusement le « crash ». Pendant le « crash », je ne ferais rien d’autre qu’écrire de 9h à 22h30, du lundi au samedi. J’aurais une heure de pause pour le déjeuner et deux pour le dîner. Je ne lirais – et encore moins ne répondrais – à aucun message, et ne m’approcherais du téléphone. Personne ne viendrait à la maison. Lorna, malgré son emploi du temps chargé, prendrait à sa charge l’intégralité des travaux ménagers pendant cette période. De cette façon, nous l’espérions, non seulement j’abattrais plus de travail quantitativement, mais j’atteindrais un état mental dans lequel mon monde fictif serait devenu plus réel pour moi que le monde réel.


J’avais alors trente-deux ans and nous venions d’emménager dans une maison à Sydenham dans le sud de Londres où, pour la première fois de ma vie, j’avais un bureau dédié à mon travail. (J’avais écrit mes deux premiers romans sur la table à manger.) C’était en réalité plus un cagibi auquel il manquait une porte, mais j’étais ravi d’avoir enfin un espace où je pouvais étaler mes papiers comme je le souhaitais et ne pas avoir à les ranger à la fin de chaque journée. Je collai des tableaux et des notes partout sur les murs écaillés et je me mis à écrire.


Faire émerger et grandir les idées



couverture du livre Les Vestiges du jour de Kazuo Ishiguro

C’est ainsi que j’écrivis Les Vestiges du jour. Tout au long du « crash », j’écrivais librement, sans me soucier du style ou du fait qu’une phrase écrite l’après-midi pouvait contredire une autre chose écrite le matin. La priorité était simplement de faire émerger et grandir les idées. Toutes les phrases horribles, les dialogues hideux, les scènes qui n’allaient nulle part, je les gardais tels quels pendant ce processus et je continuai ainsi jusqu’au bout.


Le troisième jour, Lorna me fit remarquer pendant ma pause du soir que je me comportais bizarrement. Lors de mon premier dimanche de congé, alors que je m’aventurais à l’extérieur, dans la rue principale de Sydenham, je ne pus m’arrêter de rire bêtement pour un rien […]. Lorna s’inquiéta du fait qu’il me restait encore trois semaines, mais je lui expliquai que j’allais très bien et que la première semaine avait été un succès.


Je poursuivis ainsi pendant quatre semaines, et à la fin, j’avais plus ou moins l’intégralité du premier jet de mon roman. Bien sûr, il me fallait encore beaucoup plus de temps pour tout réécrire correctement, mais les percées créatives et narratives étaient toutes survenues pendant le « crash ».


Je dois dire qu’au moment où je me suis lancé dans le « crash », j’avais déjà consommé une quantité substantielle de livres portant sur mon sujet et en avait terminé avec la partie recherches et documentation [...]. La décision de commencer l’écriture à proprement parler d’un roman – de commencer à composer l’histoire elle-même – me semble toujours cruciale. Il peut être dommageable de commencer trop tôt, tout comme de commencer trop tard. Je pense qu’avec Les Vestiges du jour j’ai eu de la chance : le « crash » est arrivé juste au bon moment, quand j’en savais juste suffisamment sur mon sujet pour me lancer dans l’écriture.


Article paru dans le journal The Guardian, édition du 6 décembre 2014. Traduction par Christine Leang. Cliquez ici pour lire l’article originel dans son intégralité.

Posts récents

Voir tout
bottom of page