Comment réussir la scène d'ouverture de son roman : guide complet de l’incipit
- Christine

- 20 oct.
- 13 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 oct.
Comment démarrer son roman ?
Vous vous posez cette question et vous avez raison : les premières pages de votre roman, celles qui constituent la scène d’ouverture, sont cruciales. Elles déterminent si le lecteur poursuivra sa lecture ou s'il refermera le livre pour toujours.
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Qu’est-ce qu’une scène d’ouverture réussie ? Comment écrire une scène d’ouverture qui accroche le lecteur et lui donne envie de lire la suite ? Comment convaincre un éditeur de donner une chance à votre manuscrit ? Je vous livre tous mes conseils et techniques dans cet article.

🔍 Définition
Commençons par une définition. La scène d’ouverture, également appelée incipit (du latin « commencer »), rassemble les toutes premières pages de votre roman, une fois les pages de paratexte tournées (deuxième de couverture, page de garde, sommaire, préface, dédicace, etc.). C’est le chapitre qui introduit l’histoire que vous racontez au lecteur. Ce sont les premières lignes du récit que vous avez écrit.
💡 Pourquoi la scène d'ouverture est-elle cruciale ?
« La première impression, à défaut d'être juste, est la plus marquante. »
— Stephen King
La première impression est décisive
On dit souvent que l’on a une seule chance de faire bonne impression. En écriture, ce précepte s’avère cruellement vrai. En effet, c’est à votre scène d’ouverture que le lecteur jugera si votre roman est digne de son temps, ou s’il préférera se tourner vers un autre livre.
Le verdict des maisons d'édition se joue en quelques lignes
Si vous envisagez de soumettre votre manuscrit à des éditeurs, sachez que la réalité du milieu éditorial est impitoyable. Les grandes maisons d'édition parisiennes (Gallimard, Grasset, Le Seuil, Flammarion) reçoivent entre 5 000 et 10 000 manuscrits par an (soit environ 20 par jour — ce chiffre étant monté à 50 pendant la période COVID [1]). Seuls 5 à 10 de ces manuscrits (soit 1 pour 1000) prendront la forme d’un livre.
Face à cette avalanche de textes, il est matériellement impossible pour les comités de lecture de lire l'intégralité de chaque manuscrit. Voici comment ils procèdent [2] :
Ils lisent les cinq premières lignes.
Si celles-ci éveillent leur curiosité, ils poursuivent sur les cinq premiers paragraphes.
Si l’intérêt est toujours au rendez-vous, ils continuent sur les cinq premières pages.
Si la qualité se confirme, ils lisent les cinquante premières pages… et ils s’arrêtent là. En effet, si les 20 000 premiers mots sont remarquables, c’est généralement le signe qu’on se trouve face à un auteur qui a maîtrisé son manuscrit, avec sans doute encore quelques défauts à retravailler, mais qui tiendra ses promesses.
Vous vous demandez quelles sont vos chances d’être lu jusqu’à la trentième page ? Les statistiques sont édifiantes :
Environ 50% des manuscrits ne franchiront pas l’étape des cinq premières lignes.
Seuls 20% franchiront celle des cinq premiers paragraphes.
5%, celle des cinq premières pages.
1%, celle des cinquante premières pages (ce qui ne garantit pas pour autant la publication).
Cette réalité peut sembler cruelle, mais elle nous livre un message essentiel : il ne sert à rien de garder le meilleur pour « plus tard ». Le meilleur de votre roman doit se trouver dans la scène d’ouverture, c’est-à-dire dans le chapitre 1, et non dans le chapitre 2 ou 3 ou 10. Le lecteur — qu'il soit éditeur ou simple amateur — n'arrivera sans doute jamais à la page que vous estimez être la plus réussie de votre roman si votre scène d'ouverture ne l'a pas convaincu.
🗝️ Comment réussir la scène d'ouverture ?
La scène d’ouverture n’est pas simplement le début d’une histoire. Elle est une promesse narrative que vous faites à votre lecteur sur ce qu’il va découvrir et vivre à travers ce roman, s’il choisit de le lire.

Les sept caractéristiques d'une scène d'ouverture efficace
Plus qu’une entrée en matière, l’incipit doit donc remplir plusieurs fonctions importantes, simultanément. Une scène d'ouverture réussie possède les caractéristiques suivantes :
1. Elle commence par une phrase d'accroche forte
La toute première phrase de votre roman doit être travaillée avec un soin particulier. Elle doit surprendre, intriguer, créer une atmosphère immédiate. Cette phrase sera votre hameçon pour ferrer le lecteur.
2. Elle introduit un personnage crédible et intéressant
Votre lecteur doit rapidement rencontrer le personnage qui sera au cœur de l’histoire. L’incipit doit donner envie au lecteur de suivre ce héros. Aussi, ce personnage doit être suffisamment développé pour paraître réel, présentant certaines qualités, et peut-être déjà une faille perceptible.
3. Elle projette le lecteur dans un univers vivant et visible
Dès les premières lignes, le lecteur doit pouvoir se représenter mentalement où il se trouve (une idée du lieu et de l’époque). Attention toutefois : pas de longues descriptions statiques, mais un décor qui se met en place à travers l'action.
4. Elle présente une histoire qui a commencé longtemps avant la première page
Le lecteur doit avoir le sentiment de pénétrer dans un monde qui existait déjà avant son arrivée. Votre personnage a un passé, des relations, des habitudes. Cette profondeur temporelle rend l’histoire plus crédible.
5. Elle contient une tension dramatique qui présage des rebondissements
Quelque chose doit être en jeu dès le début. Un conflit, une question, un danger, une attente. Cette tension peut être subtile, mais elle doit être présente pour créer un dynamisme narratif.
6. Elle berce le lecteur dans une voix narrative qu'il a envie d’« écouter »
Votre style d'écriture, le ton que vous employez, la façon dont vous racontez l'histoire, la personnalité du narrateur que vous avez choisi : tout cela constitue la voix narrative de votre roman. Cette voix doit être suffisamment singulière et intéressante pour que le lecteur ait envie de rester en sa compagnie pendant plusieurs centaines de pages.
7. Elle soulève une question qui entraîne le lecteur à vouloir en savoir plus
La scène d'ouverture doit créer de la curiosité. Le lecteur doit se demander : que va-t-il se passer ensuite ? Qui est ce personnage ? Pourquoi agit-il ainsi ? Cette interrogation est le moteur qui le poussera à tourner les pages.
Les erreurs fréquentes à ne pas commettre
A L’atelier d’écriture by Christine, nous recevons de nombreux manuscrits pour des demandes de relecture et de diagnostic. Certaines erreurs reviennent régulièrement dans les textes que nous sommes amenés à étudier. Voici une liste non exhaustive des erreurs les plus fréquentes relevées dans les scènes d’ouverture. Les éviter vous permettra de vous démarquer.
❌ Erreur n°1 : Choisir une scène d'ouverture trop prématurée
Ne commencez pas votre roman avec une scène qui se déroule bien avant le cœur de votre histoire. Cette erreur arrive lorsqu'on cherche à donner des informations sur le passé du héros avant de démarrer concrètement l'intrigue.
Exemple : Vous écrivez un roman policier dont le héros est un détective privé qui doit résoudre une affaire de meurtre dans le Paris des années 1950. Vous décidez de commencer votre roman en racontant l'enfance du détective dans un orphelinat, pensant que cela expliquera sa blessure d’abandon et sa personnalité. Erreur ! Le lecteur qui s'attend à un polar se retrouve dans un récit d'enfance, sans lien apparent avec l'intrigue principale. Il risque de décrocher avant même d'arriver au véritable début de l'histoire.
✅ Solution : Intégrez les informations sur le passé du personnage plus tard dans le récit, au moment où elles deviennent pertinentes pour comprendre les actions ou les motivations du héros. La scène d'ouverture doit lancer l'intrigue, pas l'expliquer.
❌ Erreur n°2 : Choisir une scène d'ouverture trop tardive
À l'inverse, ne commencez pas votre roman en projetant le lecteur dans une scène qu'il ne comprendra pas, parce qu'il lui manque le contexte nécessaire pour entrer dans l'histoire.
Exemple : Vous commencez votre roman par une scène où votre héroïne pleure face à une tombe. Le lecteur ne sait pas qui elle est, qui est mort, pourquoi c'est important, ni quelles circonstances entourent cette scène. Il se sent exclus, confus et frustré.
✅ Solution : Si vous tenez absolument à commencer par une scène forte et tardive dans la chronologie, assurez-vous de donner rapidement au lecteur les éléments de contexte nécessaires pour qu'il comprenne les enjeux. Mieux : choisissez une scène d'ouverture qui se situe à un moment plus accessible de votre histoire.
❌ Erreur n°3 : Choisir une scène d'ouverture « décorative »
Ne commencez ni par la météo (« C’était une nuit d’hiver glaciale où même les chats avaient déserté les rues… ») ni par la description d'un lieu, aussi magnifique soit-il. La météo est un réflexe d’amateur, devenu tellement cliché qu’il vous vaudra de faire partie des 50% de manuscrits rejetés au bout de cinq lignes. Une description de lieu, même bien menée, aura du mal à captiver un lecteur qui cherche d’abord à être interpelé, surpris ou touché par une émotion, ou à découvrir le personnage qu’il va choisir de suivre, ou non. Un roman n'est pas un documentaire.
Exemple d'erreur : « Paris s'étendait sous un ciel gris de novembre. Ses ponts enjambaient la Seine. Notre-Dame se dressaient vers les nuages. Dans les rues pavées, des passants erraient... »
Cette ouverture descriptive ne donne au lecteur aucune raison de s'investir dans l'histoire. Il n'y a ni personnage, ni action, ni tension.
✅ Solution : Commencez par une action forte, avec un personnage qui fait quelque chose, puis donner les informations relatives au décor plus tard, en les intégrant naturellement à la narration.
❌ Erreur n°4 : Multiplier les informations dès le début
Certains auteurs ressentent le besoin de tout expliquer dès les premières pages : qui sont les personnages, où ils vivent, ce qu'ils font dans la vie, leur historique familial, le contexte politique ou social, etc. Cette surcharge d'informations étouffe le récit. Le lecteur se noie sous les détails et ne parvient pas à se concentrer sur l'essentiel : l'histoire qui commence.
Exemple : « Paris s'étendait sous un ciel gris de novembre. Comme tous les matins depuis qu’elle avait pris son poste à la pharmacie Eiffel, tenue par un vieil acariâtre du nom de Ménard, qu’elle avait tout de suite deviné comme mal intentionné le jour de son entretien d’embauche, Sophie s’était levée à 7h30. Elle n’avait jamais été « du matin ». Petite déjà, elle détestait la sonnerie du réveil, celui que sa mère avait rapporté du magasin d’antiquité de monsieur Albert un jour de mars… »
✅ Solution : Distillez les informations progressivement, au fur et à mesure que le récit avance. Donnez au lecteur uniquement ce dont il a besoin pour comprendre la scène qu'il est en train de lire. Le reste viendra plus tard.
❌ Erreur n°5 : Choisir de commencer avec le héros qui se réveille…
Exemple : « Sophie ouvrit les yeux. Elle regarda le plafond de sa chambre, puis tourna la tête vers le réveil sur sa table de chevet. 7h30. Elle devait se lever. »
Cette ouverture est elle aussi un cliché à bannir. Elle est tellement employée par les écrivains débutants qu'elle fait immédiatement mauvaise impression. De plus, elle ne présente aucun intérêt dramatique : se réveiller est une action banale de tous les jours.
✅ Solution : Choisissez un moment plus significatif de la journée de votre personnage, un moment qui révèle quelque chose d'important sur lui ou sur l'histoire qui va se dérouler.
🕰️ Quel moment choisir pour votre scène d'ouverture ?
Justement, comment choisir le meilleur moment pour sa scène d'ouverture ?
Les trois types de scènes d'ouverture recommandées
Il est recommandé de choisir comme scène d'ouverture l'un des trois types de moments suivants :
1. Un moment où le héros est en train de réaliser une action qui révèle déjà ses qualités et peut-être sa faille
Plutôt que de présenter votre personnage de manière statique, en train de ruminer ses pensées ou de réfléchir, montrez-le en action. Cette action devra être révélatrice de qui il est. Par exemple, un personnage généreux pourra être en train d'aider quelqu'un ; un personnage orgueilleux pourra refuser de demander son chemin alors qu'il est perdu.
2. Un moment où les choses sont sur le point de basculer
C'est la technique du « calme plat avant la tempête ». Vous montrez votre personnage dans son quotidien habituel, mais vous laissez entrevoir que quelque chose va bientôt perturber cet équilibre. Cette approche permet au lecteur de comprendre ce que le personnage a à perdre et d’instiller de la tension dans votre scène.
3. Un moment de forte tension dramatique
Vous pouvez également choisir de commencer in medias res, c'est-à-dire « au milieu des choses ». Vous plongez directement le lecteur dans une scène de conflit ou de danger. Cette technique accroche immédiatement l'attention, mais demande un travail subtil pour fournir suffisamment de contexte à la compréhension de la scène, sans pour autant en ralentir le rythme.
Commencer au bon moment
Dans une grande majorité de cas, le bon moment, c’est l’instant qui précède directement l’incident déclencheur. L’incident déclencheur correspond à l’événement qui force le héros à sortir de son quotidien, à prendre une décision, à entrer en action, à entamer sa quête.
📝 Exemples de scènes d'ouverture réussies
Rien ne vaut la lecture ou la relecture d'excellentes scènes d'ouverture pour comprendre comment les maîtres de la littérature ont relevé ce défi d’écrire une entrée en matière mémorable. Voici quelques exemples, à étudier sans modération :
📖 Exemple 1 : George Orwell, 1984 (1948)

C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures. Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des « Maisons de la Victoire », pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable.
Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur, était clouée au mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre : le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache noire, aux traits accentués et beaux.
Winston se dirigea vers l’escalier. Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur. Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement, d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. C’était une des mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine.
On ne présente plus George Orwell et son œuvre devenue un classique de la littérature. Pourtant, vous avez sans doute remarqué qu’Orwell commence son incipit en parlant de la météo, ce qui fait partie des erreurs à éviter. Mais il a une bonne raison de commencer de cette manière : la banalité de sa première phrase (« C’était une journée d’avril froide et claire. ») lui permet de créer un contraste saisissant avec la seconde phrase qui, elle, est à l’opposé de la banalité : « Les horloges sonnaient treize heures. »
Dans quel monde les horloges sonnent-elles treize heures ? En cinq mots, l’auteur nous dit que nous venons d’entrer dans un univers peu commun, différent du nôtre, sans pour autant décrire cet univers. Notre curiosité est piquée.
Dans le troisième paragraphe, un nouvel élément confirme l’anormalité de cet univers : « Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur. Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement, d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. » En plus d’être étrange, on comprend que cet univers est plutôt hostile que confortable.
L’autre réussite de cet incipit est sa qualité sensorielle : « journée froide », « vent mauvais », « tourbillon de poussière et de sable », « Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis », « une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur ». Nos sens sont mis à contribution, si bien que nous vivons cet environnement au lieu d’en être de simples spectateurs.
Enfin la mention de « la Semaine de la Haine » crée un effet coup-de-poing. Dans quel monde choisit-on de célébrer la haine ? Qui sont les instigateurs, et les conséquences d’une telle fête ? Quels personnages vont devoir vivre cet événement et que va-t-il leur arriver ?
📖 Exemple 2 : Jeffrey Eugenides, Middlesex (2002)

J’ai eu deux naissances. D’abord comme petite fille, à Detroit, par une journée exceptionnellement claire du mois de janvier 1960, puis comme adolescent, au service des urgences d’un hôpital proche de Petoskey, Michigan, en août 1974. Il est possible que certains lecteurs aient eu connaissance de mon cas en lisant l’article publié en 1975 par le Dr. Peter Luce dans le Journal d’endocrinologie infantile sous le titre : « “L’identité de genre chez les pseudohermaphrodites masculins par déficit en 5-alpharéductase de type 2.” Ou peut-être avez-vous vu ma photographie au chapitre seize de Génétique et Hérédité, un ouvrage aujourd’hui malheureusement bien dépassé. C’est moi, à la page 578, nu, en pied, à côté d’une toise, les yeux masqués par un rectangle noir.
Sur mon certificat de naissance, je porte le nom de Calliope Helen Stephanides. Sur mon permis de conduire le plus récent (établi en République fédérale d’Allemagne) je me prénomme simplement Cal.
Moins connu en France, Jeffrey Eugenides est un romancier important dans la littérature américaine contemporaine. Son roman Middlesex a obtenu le prix Pulitzer (équivalent de notre Goncourt) en 2003.
« J’ai eu deux naissances. » Cette première phrase frappe par sa brièveté et son incongruité. On veut immédiatement comprendre comment une telle chose est possible, puisqu’une personne ne naît qu’une seule fois, a priori. L’effet est à la fois énigmatique et puissant ; notre attention de lecteur est captée.
Rapidement, on comprend que le narrateur est hermaphrodite, ce qui en fait un personnage pour le moins inattendu et singulier.
Le ton est à la fois clinique (avec des références à des articles médicaux, des mots savants) et intime. Cette tension entre la froideur du langage scientifique et la chaleur du témoignage personnel rend le narrateur humain, à la fois érudit et vulnérable. Le choix du point de vue narratif à la première personne permet, de surcroît, de créer une proximité immédiate avec le lecteur.
La scène d’ouverture de Middlesex est réussie parce qu’elle comporte toutes les qualités d’un incipit efficace : elle accroche le lecteur par une phrase paradoxale et intrigante ; elle fait entendre une voix singulière et esquisse un univers ; elle expose d’emblée le thème central du roman (l’identité), et installe une tension narrative qui donne envie de poursuivre sa lecture.
📖 Exemple 3 : Adeline Dieudonné, La vraie vie (2018)

A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.
Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus… Quelques zèbres amputés du corps. Sur une estrade, un lion entier, les crocs serrés autour du cou d’une petite gazelle.
Et dans un coin, il y avait la hyène.
La vraie vie est le premier roman d’Adeline Dieudonné, écrivaine belge. Succès commercial, le livre a été vendu à 250 000 exemplaires et a également reçu plusieurs récompenses, dont le prix Renaudot des lycéens, le Goncourt choix de la Belgique et choix de l'Italie.
Sa phrase d’accroche ne laisse aucun lecteur indifférent. Quelle maison dispose d’une chambre réservée aux cadavres ? On comprend ensuite que les « cadavres » sont en fait des trophées de chasse. Mais cela suffit à poser une atmosphère pesante, une violence latente.
La hyène ne symboliserait-elle pas autre chose ? Ne désignerait-elle pas une personne de l’entourage ? La tension règne, laissant entendre un drame à venir.
Par contraste, le vocabulaire simple de la narratrice – une adolescente à peine sortie de l’enfance – renforce ce sentiment d’inquiétude.
Conseil :
Relisez la scène d’ouverture de vos romans préférés et posez-vous les questions suivantes :
Pourquoi fonctionnent-elles ?
Comment le héros est-il introduit ?
Quels éléments attirent mon attention et éveillent ma curiosité ?
Pour quelles raisons ai-je envie de lire la suite ?
📍 Conclusion
Vous l’avez compris : la scène d'ouverture est la scène la plus importante de votre roman. Elle détermine si votre lecteur vous accompagnera jusqu'au bout de votre histoire ou s'il abandonnera sa lecture après quelques pages. Au fond, une scène d’ouverture réussie, c’est la promesse d’un bon roman — une promesse qu'il ne faudra bien sûr pas décevoir!
Travaillez votre scène d'ouverture avec méthode, en répondant aux questions essentielles, en analysant votre premier jet avec un œil critique, et en retravaillant inlassablement pour faire de votre incipit un moment de littérature inoubliable.
Pour cela, j’ai compilé une méthode complète, que vous pouvez télécharger gratuitement à la fin de cet article. ⬇️
[1] Source : Ouest-France, article du 8 avril 2021.
[2] Noah Lukeman, The First Five Pages (2000).
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Bonne écriture !
Christine
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