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- Concours de nouvelles by Christine 2023 : les coulisses
Cette année, L’atelier d’écriture by Christine a organisé son premier concours de nouvelles. Les délibérations étant terminées, et les résultats sur le point d’être annoncés, nous vous disons tout sur les coulisses de cette première édition ! Pourquoi un concours de nouvelles ? En janvier 2023, L’atelier d’écriture by Christine a fêté ses cinq ans. Nous avons voulu célébrer l’événement en proposant des formules inédites, telles que les nouvelles formations « Commencer un roman » et « Retravailler un roman », la « Retraite d’écriture », mais aussi des activités gratuites. C’est ainsi que le « Club de lecture by Christine » est né, ainsi que l’idée d’organiser notre propre concours de nouvelles. L’autre déclencheur du concours a été le lancement de la collection Elan en février 2023. Cette collection, publiée par les éditions Pacifica , a pour but de révéler des auteurs émergents, des écrivains qui osent s’attaquer à des sujets tabous en offrant un regard sans complaisance sur notre société. Le premier recueil de la collection Elan, intitulé En marge , a été co-écrit par six anciens participants de L’atelier d’écriture by Christine que j’ai personnellement choisis et accompagnés jusqu’à la publication de l’ouvrage. Une aventure éditoriale riche et marquante. J’ai donc voulu poursuivre cette aventure en me mettant en quête des auteurs du prochain recueil. Certains se trouvent parmi les 1 500 personnes qui nous ont fait confiance à ce jour, en suivant l’un de nos stages ou ateliers. D’autres sont encore à découvrir. C’est pour cette raison que nous avons ouvert notre concours de nouvelles à tout public, afin de dénicher les talents de demain. Des candidats nombreux ! Les écrivains en herbe avaient jusqu’au 31 mai 2023 minuit pour produire une nouvelle complète, d’une longueur de 5 000 mots maximum, autour du thème « Sans complaisance ». Ils devaient l’envoyer dans un format précis, stipulé dans le règlement du concours . Au 1er juin, nous comptions un total de 82 candidatures. C’était beaucoup plus que nous l’espérions ! 14 nouvelles étaient écrites par des anciens participants de L’atelier d’écriture by Christine . Les autres l’étaient par des auteurs qui avaient sans doute entendu parler du concours via nos réseaux sociaux, ou les plateformes Textes à la pelle et Concours et Appels , dont le travail d’information est remarquable. La lecture des nouvelles, la découverte des styles et des univers de leurs auteurs pouvaient commencer. Le comité de lecture Le jury en charge de lire les nouvelles et de sélectionner le grand gagnant se composait des membres suivants : Deux relecteurs professionnels de L’atelier d’écriture by Christine ; Un collaborateur des éditions Pacifica ; Moi-même, auteure et fondatrice de L’atelier d’écriture by Christine . Nous avons procédé comme le font la plupart des maisons d’édition : chaque membre du comité de lecture avait pour consigne d’ouvrir l’intégralité des textes, d’en vérifier la mise en page, de lire attentivement au moins les trois premiers feuillets. En général, une première opinion se dégage assez rapidement lorsqu’on parcourt le début d’un manuscrit. En effet, si l’auteur ne parvient pas à éveiller l’intérêt du lecteur dès les premières lignes, il est rare que la suite du texte soit convaincante. Les critères de sélection A l’issue de ce premier tour, un bilan fut dressé. Sur les 82 nouvelles reçues, 1 texte a été envoyé hors délai ; 21 textes ne respectaient pas le format et la mise en page demandés ; 14 textes étaient hors sujet ; 27 textes comportaient moins de 2 000 mots ; 3 textes comportaient plus de 5 000 mots ; 6 textes ont été envoyés sans corps de mail ; Une première sélection a donc été réalisée. Une cinquantaine de textes furent écartés, selon les critères suivants : Respect du cadre du concours : date limite d’envoi, format et mise en page, nombre de mots autorisés, thème imposé. Les textes qui ne suivaient pas strictement l’une des clauses du règlement ont été éliminés d’emblée. Longueur de la nouvelle : si le règlement stipulait un maximum de 5 000 mots, aucun minimum n’était mentionné. Cependant, le message implicite était que nous attendions des textes qui approcheraient de la limite autorisée. En effet, les auteurs doivent être capables de développer des récits complets, avec une construction narrative aboutie, faire usage de l’espace qui leur est offert pour révéler leur style et leur vision de la thématique. Après les avoir tous minutieusement examinés, nous avons donc choisi d’éliminer les textes qui comportaient moins de 2 000 mots. Règles basiques de courtoisie : il ne nous a pas semblé utile d’énoncer clairement dans le règlement que les candidats devaient accompagner leur texte de quelques formules de politesse. Pourtant, certains candidats n’ont pas pensé à ces règles simples de courtoisie. Or, recevoir une pièce jointe dans un mail vide, surtout lorsqu’il s’agit d’un concours, ne met pas les membres du jury dans de bonnes dispositions. Nous avons donc sanctionné également les textes envoyés sans corps de mail. Pour la trentaine de candidats qui ont passé avec succès ce premier filtre, nous avons relu intégralement chacun des textes, à la lumière des critères suivants : Originalité du sujet abordé Qualité littéraire Présence d’une voix narrative Capacité à transmettre un message avec subtilité A l’issue de ce deuxième tour, dix nouvelles ont été retenues. La délibération Les dix textes restants présentaient tous des qualités et des imperfections. Aucune des nouvelles n’était « prête à être publiée ». Cependant, quelques-unes révélaient un potentiel indéniable et donnaient envie d’en savoir plus sur leur auteur et son univers littéraire. Tandis que le reste du Top 3 variait d’un membre du jury à un autre, un texte s’est démarqué : les quatre lecteurs étaient unanimes sur son choix. Notre premier concours de nouvelles prévoyait de récompenser un seul gagnant. Finalement, en raison de la qualité de certains textes, nous avons décidé d’offrir à trois autres candidats un prix spécial. Le grand gagnant remporte donc le premier prix, soit quatre séances de coaching littéraire, ainsi que la possibilité de voir l’un de ses textes publié dans le prochain recueil de la collection Elan. Trois autres gagnants remportent le prix spécial du jury, soit une séance de coaching individuel pour les encourager dans leur production littéraire. Les résultats Tous les candidats recevront dans les jours à venir une réponse par mail. La liste des gagnants sera publiée sur tous nos réseaux sociaux, et dans notre prochaine newsletter. Surveillez votre messagerie ! Pour vous abonner à notre newsletter et recevoir toute notre actualité (événements, prochains ateliers, billets de blogs...), cliquez ci-dessous :
- Les écrivains au travail : Alice Munro
Ce mois-ci, dans le cadre du club de lecture by Christine , nous lisons Trop de bonheur d' Alice Munro . L'occasion de consacrer un billet de blog à cette grande écrivaine, unique nouvelliste au monde à avoir reçu le prix Nobel de littérature . En 2013, Alice Munro devient la treizième femme et première ressortissante canadienne à être récompensée par l'Académie suédoise. Son "pouvoir d'observation, qui pourrait presque devenir problématique, tant l'auteure est capable de voir à travers les gens" est mis en avant. La tradition veut que l'auteur récipendiaire fasse le voyage jusqu'à Stockholm au mois de décembre, pour donner une conférence avant la cérémonie de remise du prix. En raison d'une santé fragile, Alice Munro, alors âgée de 82 ans, décline l'invitation. Ainsi, la conférence est remplacée par une interview menée par Stefan Åsberg, journaliste Suédois, au domicile de l'auteure. Extraits. Intervieweur : Comment avez-vous appris à raconter une histoire et à l'écrire ? Munro : Durant mon enfance, j'inventais des histoires tout le temps. Pour me rendre à l'école, je devais parcourir plusieurs kilomètres à pied, et pendant cette longue marche, je me racontais des histoires dans ma tête. En vieillissant, ces histoires parlaient de plus en plus souvent de moi-même. J’étais l'héroïne d’une situation ou d’une autre. Cela ne me dérangeait pas que mes textes ne soient pas publiés. Je ne sais même pas si j’ai un jour pensé que d'autres personnes que moi-même les liraient. C’est l'histoire elle-même qui m’intéressait, le fait de l’écrire et de la rendre satisfaisante à mes yeux. Intervieweur : L’environnement dans lequel vous avez grandi vous a-t-il inspiré ? Munro : Je ne pense pas avoir jamais eu besoin d'inspiration. Pour moi, les histoires font partie de ce qu’il y a de plus important au monde. Je voulais inventer certaines de ces histoires ; je ne voulais faire que ça. Encore une fois, je ne pensais pas aux autres, à un potentiel lectorat. Je n'avais besoin de parler à personne de mon écriture. Ce n'est que bien plus tard que j'ai réalisé qu'il serait intéressant que mes écrits touchent un plus large public. Intervieweur : Avez-vous toujours été confiante dans votre écriture ? Munro : Je l'ai été il y a longtemps, pendant mon enfance. Mais en grandissant et en rencontrant d’autres personnes qui écrivaient, je ne l’ai plus du tout été. J’ai réalisé que le travail était plus difficile que ce à quoi je m’attendais. Mais je n’ai jamais abandonné. J’ai continué à écrire car cela me paraissait naturel. Il n’y a rien d’autre que je souhaitais faire. Intervieweur : Construisez-vous une nouvelle avant de l’écrire ? Faites-vous un plan préalable ? Munro : Oui, toujours. Même si le plan est amené à changer en cours d’écriture. Je commence par une intrigue, j'y travaille, et puis l’histoire prend une autre direction au fur et à mesure que je l'écris. Néanmoins, j’ai besoin d’avoir au départ une idée assez claire du thème de la nouvelle avant de commencer à l'écrire. Intervieweur : Jusqu’à quel point êtes-vous absorbée par le sujet de votre nouvelle lorsque vous l’écrivez ? Munro : Longtemps, j’ai été femme au foyer. Je n’avais donc pas la possibilité d’être absorbée par mon écriture. J'ai appris à écrire dès qu’un moment de libre se présentait. Je n’ai jamais abandonné, même s'il y a eu des moments où j'étais découragée. Quand j’ai commencé à voir que mes écrits n'étaient pas bons, que j'avais beaucoup à apprendre et que c'était un travail beaucoup plus difficile que ce je pensais, j’avais parfois envie d’arrêter. Mais je n’ai jamais abandonné. Intervieweur : Quelle partie est la plus difficile quand on veut écrire ? Munro : Ce moment où vous relisez votre texte et vous réalisez à quel point il est mauvais. Généralement, le démarrage est excitant, la suite du travail est plutôt agréable aussi. Mais vient un matin où vous reprenez le tout, et vous pensez « C’est absolument mauvais ». C'est à ce moment-là qu'il faut vraiment se mettre au travail. Si un texte est mauvais, ce n’est pas l’histoire qui est en cause, c’est uniquement la faute de l’auteur. Intervieweur : Si vous n’êtes pas satisfaite de votre texte, que faites-vous ? Munro : Je travaille dur. Je donne une deuxième chance aux personnages ; j’essaie de les voir sous un autre angle, de leur faire faire quelque chose de différent. Durant mes premières années d’écriture, ma prose était pleine de coquetteries inutiles. Progressivement, j’ai appris à les éliminer. Vous devez sans cesse réfléchir à votre histoire, découvrir ce qui se cache sous l’intrigue, le sens profond. Souvent, on croit savoir au début, mais en avançant, on se rend compte qu’il y a beaucoup plus que ce qui apparaissait en surface. Intervieweur : Combien d’écrits avez-vous jetés ? Munro : Quand j'étais jeune, tous. Depuis quelques années, très peu. Je sais maintenant ce que je dois faire pour rendre mes nouvelles vivantes. Intervieweur : Avez-vous déjà regretté d’avoir jeté un texte ? Munro : Je ne crois pas. Si je l’ai jeté, c’est que j’avais déjà suffisamment agonisé sur ce texte et qu’il était devenu évident qu’il ne fonctionnait pas. Intervieweur : Votre parcours d’écrivain aurait-il été différent si vous aviez terminé vos études universitaires ? Munro : Peut-être, en effet. L’écrivain aurait été une figure plus sacrée et moins accessible à mes yeux. Si mes connaissances en littérature avaient été plus vastes, j'aurais naturellement été intimidée par tous ces auteurs. J'aurais peut-être même pensé que jamais je ne pourrais écrire. Mais cette pensée n’aurait duré qu’un temps. J'avais tellement envie d'écrire que tôt ou tard je me serais lancée. Intervieweur : L’écriture est-elle un don qui vous a été offert ? Munro : Je n’y ai jamais pensé de cette manière. L’écriture était quelque chose que je désirais ardemment. Un domaine dans lequel je pouvais réussir si je travaillais suffisamment dur. Donc si c’était un don, ce n’était certainement pas un cadeau facile. Intervieweur : Avez-vous eu des périodes où vous ne parveniez pas à écrire ? Munro : Oui, bien sûr. Il y a un an à peu près, j'ai arrêté d'écrire. Mais c'était une décision de ma part. Je voulais arrêter d’écrire pour pouvoir vivre comme le reste du monde. Parce que lorsque vous écrivez, vous êtes occupé à une chose que les autres ne comprennent pas, et que vous ne pouvez pas leur expliquer. Intervieweur : Vous arrive-t-il d’ouvrir l’un de vos livres et de le relire ? Munro : Oh non ! Rien que l’idée me fait peur ! J'aurais probablement une envie irrépressible de changer une chose ici et une chose là. Mais à quoi cela servirait-il, puisque le livre est déjà imprimé ? Intervieweur : Pensiez-vous que vous remporteriez le prix Nobel ? Munro : Oh que non ! D’abord, je suis une femme. Même si je sais que d’autres femmes l’ont déjà remporté. C’est un immense honneur, et j’en suis très reconnaissante, mais je ne pensais tout simplement pas que cela m’arriverait, car la plupart des écrivains sous-estiment leur travail, surtout une fois qu’il est terminé. Vous ne dites pas à vos amis « Un jour, je gagnerai le prix Nobel ». Ce n’est pas une chose banale qu’on répète en saluant son prochain ! ----- Interview publiée sur le site officiel du prix Nobel en décembre 2013. Traduction par Christine Leang. Pour lire ou voir en vidéo l’interview complète (en anglais), cliquez ici . *** Alice Munro est née en 1931 à Wingham, au Canada . Elle est l’auteure de quatorze recueils de nouvelles, dont Pour qui te prends-tu ? (1978), L'Amour d'une honnête femme (1998), Un peu, beaucoup, pas du tout (2001), Fugitives (2004) et Trop de bonheur (2009). Elle est lauréate du prix Nobel de littérature en 20 13. ***
- Les écrivains au travail : John Steinbeck
Nous continuons la série « Les écrivains au travail » avec le romancier américain John Steinbeck. Cette fois-ci, le témoignage ne prendra pas la forme d’une interview, mais sera constitué d’extraits du journal de l’auteur. En effet, lorsque John Steinbeck se lance dans la rédaction des Raisins de la colère , il a l’idée de prendre des notes quotidiennes sur son travail, parallèlement à l’écriture de ce qui sera considéré comme son plus grand roman. Ainsi, chaque journée commence par une nouvelle entrée dans son journal : il y écrit scrupuleusement son objectif, ses heures d’écriture, ses difficultés, sa progression. « Pendant un instant, j’ai eu peur de le commencer, mais ce journal est une bonne idée : il m’ouvre, chaque jour, l’usage des mots. » En février 1938, lorsqu’il commence Les Raisins de la colère , John Steinbeck est déjà un auteur reconnu et dont le succès lui permet de vivre de sa plume. Son roman comique Tortilla Flat est joué au théâtre, tandis que Des Souris et des hommes est sur le point d’être adapté au cinéma. Pourtant, l’auteur est sans cesse en proie à un doute tyrannique, et l’écriture est loin d’être aussi évidente qu’on l’imagine. L’écrivain se livre à une guerre intime pour venir à bout des six cent dix-neuf pages des Raisins de la colère , au prix d’un effort et d’un acharnement considérables. C’est ce que nous révèle Jours de travail, le livre qui rassemblent le journal de bord qu’a tenu John Steinbeck entre le 7 février 1938 et le 30 janvier 1941. Extraits. « Personne ne connaît mon absence de facilité comme moi je la connais. Je lutte contre elle tout le temps. » Cent jours pour écrire un livre 7 février 1938 Je ne tire du succès ni repos ni plaisir. Les gens que j’aimais ont changé. Pensant qu’il y a de l’argent, ils en veulent. Et même s’ils ne veulent rien, ils m’observent et ne sont plus naturels. Je suis fatigué de lutter contre toutes les forces que ce misérable succès a levées contre moi. Je ne sais pas si je suis capable d’écrire désormais un livre honnête. C’est, de toutes les peurs, la plus grande. Je vais essayer simplement de tenir un registre des journées de travail et de la quantité atteinte chaque jour. 2 juin 1938 Cent jours d’écriture me permettront de finir ce livre, je crois. C’est-à-dire quatre mois. Ce qui signifie que je devrais avoir terminé la première version en octobre et ça me donnera une bonne marge de manœuvre pour la version finale. Il faut que je laisse de la place chaque jour pour des commentaires supplémentaires. 3 juin 1938 Sue et Bob se sont pointés ce matin. Ai dû les virer. Je ne peux tout simplement pas avoir des gens ici les jours où je travaille. Des gens veulent venir me voir lundi prochain. Pas possible. Veux seulement rester tranquille. Je deviens dingue si je ne suis pas protégé de tous les trucs extérieurs. La discipline de l’écrivain 11 juin 1938 Bob et Mary ont écrit qu’ils voulaient venir. C’est impossible. Je suis à fond dans la chose à présent et rien ne pourra interférer. Quand j’en aurai fini, je me détendrai, mais pas avant. Ma vie ne va pas être très longue et je dois écrire un bon livre avant qu’elle ne prenne fin. « Chaque livre semble être le combat de toute une vie. Et puis quand c’est fait… pouf. Comme si ça n’avait jamais existé. » 13 juin 1938 Toutes sortes de choses pourraient se produire pendant l’écriture de ce livre, mais il faut que je ne montre aucun signe de faiblesse. Il faut y parvenir. L’échec de la volonté, ne serait-ce qu’un jour, a un effet dévastateur sur l’ensemble, bien plus important que la simple perte de temps et le décompte des mots. La base physique du roman est la discipline de l’écrivain, de son matériel, de son langage. Et malheureusement, si la moindre partie de la discipline manque, tout en souffre. 14 juin 1938 Hier a été une faillite complète. Heureusement, je pouvais me permettre de perdre une journée, mais je n’en ai plus en réserve à présent. Je ne peux plus perdre de temps. Peut-être que j’essaierai de faire deux pages samedi. 18 juin 1938 Je suis prêt à travailler tôt. Je ne vois aucune raison de ne pas faire une pleine journée de travail (2 000 mots). C’est un boulot énorme. Ne dois pas penser à son ampleur, mais seulement à la petite image pendant que je trime. Honnêteté. Ne jamais attiédir un mot en faveur du préjugé du lecteur, mais le tordre comme de la pâte à modeler pour qu’il le comprenne. Si je peux y arriver, ce sera tout ce que mon manque de génie peut accomplir. Parce que personne ne connaît mon absence de facilité comme moi je la connais. Je lutte contre elle tout le temps. 20 juin 1938 Je dois ralentir et y aller tout doucement. Samedi, j’avais une impression d’épuisement proche de l’effondrement. Je dois y aller plus paisiblement, sans quoi je ne vais pas pouvoir finir. 27 juin 1938 Lundi à présent. J’ai pris deux jours de repos et j’ai eu un peu de mal à entrer dans le rythme. 30 juin 1938 Aujourd’hui, j’ai terminé le Livre Un. Je me suis senti tout petit et incapable. L’histoire est tellement plus formidable que moi, les personnages sont tellement plus forts et plus purs et plus courageux que je ne le suis. Je vais prendre vendredi, samedi, dimanche et lundi. Je me trouve un peu audacieux de faire ça, mais je crois que c’est nécessaire. Je ressens une tension et une lassitude. Il faut que je retrouve un peu de fraîcheur. 7 juillet 1938 Arrêter de travailler est ce qui fait des dégâts. 11 juillet 1938 Lundi de nouveau. Les week-ends, j’ai toujours le sentiment de perdre mon temps. Et je suis terrifié à l’idée que, à cause d’une maladie ou de je ne sais quoi, le travail puisse s’arrêter. 14 juillet 1938 Ma tendance à la paresse se manifeste à présent et il me faut la combatte. Ce livre doit être prêt pour le premier jour de l’année prochaine. Il le doit, tout simplement. Et cela veut dire un travail solide, absolument solide. Cette tendance doit donc être chassée. Maintenant au travail, nom de Dieu ! Il faut que je m’y mette. 20 juillet 1938 Il y a des jours où j’ai l’impression que tout va mal. Puis une bonne journée et je suis exalté de nouveau. Je ne peux jamais savoir à l’avance. Souvent, en écrivant ces premières lignes, je crois que ça va bien se passer, mais ce n’est pas le cas. J’espère que ça va aller aujourd’hui. Le travail doit se poursuivre jour après jour, jusqu’à ce qu’il soit terminé. Quand le doute devient panique « J’ai envie de tout laisser tomber. Je ne suis pas un écrivain. Je me suis raconté des histoires, à moi et aux gens. » 1er août 1938 Je n’ai pas travaillé de toute la semaine. Carol s’est fait retirer les amygdales et a été tellement malade et misérable que je peux à peine me concentrer. J’ai les nerfs en vrille. Je meurs d’envie de revenir au travail. J’ai été idiot de penser que je pourrais écrire un livre si long sans m’arrêter. La panique s’installe. Bref, c’est horrible. Et je ne sais pas où aller me cacher. Devrais aller quelque part dans le désert, mais on a besoin de moi ici. Il faut que je me calme. Il le faut absolument. Je suis agité. Et il fait si chaud. Ne sais pas qui va publier mon livre. Ne le sais pas du tout. Pas une raison pour laisser le truc déraper. Dois continuer. Nécessaire. 2 août 1938 Redescendons sur terre. Ce livre sur lequel je travaille est tout simplement un livre comme un autre. Travaillons-y et ne devenons pas fou. S’il échoue, eh bien il échouera, et il n’y a rien de plus à dire. Mais aucune raison de se rendre dingo à ce propos. Je redeviens enfin calme. Ce journal est une merveilleuse méthode quotidienne pour me calmer. 4 août 1938 Il faut que je continue et je ne pense à rien d’autre qu’à ce livre. Je suis en retard à présent et je ne dois plus perdre de temps, et il faut donc que je poursuive tout simplement. C’est bon de travailler, même si l’énergie absolue n’est pas en vous. On y va. 8 août 1938 Bon, le travail est plus ou moins dans une situation désastreuse. Je ferais bien de l’accepter sans broncher. La pression a brisé la discipline stricte. Je suis si paresseux et ce qui m’attend est si difficile. Je crois que je suis en train de me faire avoir par la paresse. 9 août 1938 Chaque livre semble être le combat de toute une vie. Et puis quand c’est fait… pouf. Comme si ça n’avait jamais existé. Le mieux, c’est de poser les mots jour après jour. Et maintenant, il est temps de commencer. 10 août 1938 Je commence à m’inquiéter à propos de ce livre. J’aimerais qu’il soit terminé. Je redoute de le bâcler. Je pense qu’il serait bon de m’arrêter un instant et d’y réfléchir, mais je déteste perdre du temps. J’ai peur que le livre me file entre les doigts. Mais je dois me souvenir que j’ai toujours cette même impression quand le livre est bien lancé. 16 août 1938 Démoralisation complète et apparemment insurmontable. J’ai envie de tout laisser tomber. Je ne suis pas un écrivain. Je me suis raconté des histoires, à moi et aux gens. J’aimerais l’être. Ce succès va me détruire, c’est parfaitement assuré. Cela ne durera probablement pas et ce sera très bien ainsi. Je vais maintenant essayer de poursuivre mon travail. Juste une séance chaque jour et ça suffit. Je vais continuer et finir ce livre. Je le dois. 24 août 1938 Trop de choses en même temps. Il faut que je les repousse. J’aimerais pouvoir me rendre dans une chambre meublée quelque part, connue de moi seul et tout simplement disparaître pendant un certain temps. J’aimerais vraiment. 26 août 1938 Mon travail n’est pas bon. Je suis désespérément contrarié. N’ai plus aucune discipline. Il faut que je me reprenne. Le titre est trouvé : ce sera Les Raisins de la colère 3 septembre 1938 Carol tape le manuscrit et le livre commence à me paraître réel. Elle a aussi trouvé le titre hier soir, Les Raisins de la colère . Je pense que c’est un titre merveilleux. Le livre a enfin une existence. Je pense qu’un bon mois suffira pour le terminer. ? septembre 1938 À présent, ralentir un peu. Si je ne fais pas attention, je vais m’effondrer. Il faut que je ralentisse. Ma nervosité va se retrouver dans le manuscrit si je ne ralentis pas. 16 septembre 1938 Je devrais en avoir fini dans un mois. Vingt-cinq jours. Cinquante mille mots encore me conduiraient à la fin. Au travail à présent. 20 septembre 1938 Je dois continuer jusqu’à ce que je termine. Quel livre interminable. J’espère qu’il va tenir la route. 23 septembre 1938 Le livre commence à atteindre une certaine complétude. Je commence à voir la fin. « Arrêter de travailler est ce qui fait des dégâts. » 26 septembre 1938 Ce livre est devenu une source de misère pour moi du fait de mon insuffisance. Et je suis terrifié à l’idée de perdre ce livre dans le fatras des autres choses. La guerre sur le point d’éclater. Je ne pense pas qu’elle aura lieu. Aujourd’hui, je vais me discipliner et travailler toute la journée. Ce livre est ma vie à présent ou doit l’être. Quand il sera terminé, viendra le temps pour une autre vie. Mais pas avant qu’il ne soit achevé. 27 septembre 1938 Hitler a rentré le ventre un peu. La force contre lui est trop grande, je suppose, même pour sa démence. Je ne crois pas qu’on en viendra à la guerre, et nombreux sont ceux qui ne le croient pas non plus. Mais la préparation continue et il suffira d’un mot pour tout déclencher. 6 octobre 1938 Travaillé longtemps et lentement hier. Ne sais pas si c’est bon, mais c’était une manière de travailler satisfaisante et j’aimerais que ce soit comme ça chaque jour. J’ai perdu ce sentiment d’urgence, de précipitation. Un petit peu tous les jours, tout simplement. Un petit peu tous les jours. Et puis ce sera fait. 14 octobre 1938 Si demain devait être une journée pluvieuse, je crois que je devrais faire une page de plus pour compenser la journée que je pourrais perdre la semaine prochaine, ce qui va probablement se produire. Je suis excité maintenant que la fin approche. Je serai triste quand ça arrivera. Mais je suis content de terminer. Deux semaines de plus seulement, ou peut-être moins. Les doutes, jusqu’au bout 19 octobre 1938 Mon esprit refuse de travailler – déteste le travail en fait, mais je vais y arriver. Je suis sur mon tout dernier chapitre à présent. Le tout dernier. J’espère seulement que c’est assez bon. J’ai de très sérieux doutes parfois. Je ne veux pas que cela paraisse précipité. Je suis sûr d’une chose : ce n’est pas le grand livre que j’avais espéré que ce serait. Ce n’est qu’un livre ordinaire. Et la chose la plus horrible : c’est ce que je peux faire de mieux. 20 octobre 1938 Trois ou quatre jours de plus environ et ce sera fait. Drôle de penser en ces termes. Il semble impossible que ce soit si proche. Peut-être que cela ne devrait pas l’être. J’espère que la fin ne dépend pas de ma lassitude. Je n’aimerais vraiment pas. 25 octobre 1938 Je ne sais pas si c’est la terreur de la fin ou quoi. J’avais l’estomac en morceaux hier. Ce sont peut-être les nerfs. Je me suis allongé et j’ai dormi tout l’après-midi. Me suis couché à 22h30 et j’ai dormi toute la nuit. Peut-être une sorte de libération. En tout cas, je me sens reposé aujourd’hui et c’est quelque chose. Je ne sais pas combien de pages ou de jours il me reste pour finir. Probablement trois jours. Je dois m’y remettre aujourd’hui. 26 octobre 1938 J’ai attrapé, semble-t-il, une grippe intestinale ou je ne sais quoi. Toujours est-il que j’ai tellement le vertige que je peux à peine voir la page. Ça rend le travail difficile. J’aimerais avoir fini. Je me demande si cette grippe pourrait être tout simplement un épuisement complet. Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je vais devoir m’y mettre maintenant et que tout ce que je ferai, naturellement, me rapprochera de la fin. Terminé ce jour – et, mon Dieu, j’espère que c’est bon. John Steinbeck, écrivain à succès : la rançon de la gloire 16 octobre 1939 (un an plus tard) Les Raisins ont vraiment échappé à tout contrôle, sont devenus une hystérie publique et moi, un domaine public. J’ai combattu ce truc-là de façon consistante, mais avec quel succès, je ne sais pas. La guerre a éclaté, mais les livres ont continué à se vendre. Et c’est une guerre d’un genre curieux, comme jamais auparavant. Une progression en droite ligne qui ne peut conduire qu’à la catastrophe. Mais laissons-la. Nous en venons à présent à la partie dangereuse. Je me suis fait de puissants ennemis avec Les Raisins . Ils ne me tueront pas, je pense, mais ils me détruiront le moment venu s’ils le peuvent. Alors qu’il y a quelques années, je ne pouvais pas vendre mon travail, aujourd’hui la demande est si forte que tout ce qui porte mon nom s’arrache. Et c’est la pire chose qui soit. ----- Extraits de Jours de travail : les journaux des Raisins de la colère , éditions Seghers (2019). *** John Steinbeck est né en 1902 à Salinas en Californie. Il est l’auteur de Tortilla Flat (1935), Des Souris et des hommes (1937), Les Raisins de la colère (1939), A l’est d’Eden (1952). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1962. Il meurt en 1968. *** Si vous aussi, vous voulez, comme John Steinbeck, mettre en place une solide discipline d'écriture , découvrez notre formation « Devenir un écrivain discipliné » :
- Mes bonnes résolutions pour la nouvelle année !
Janvier : le mois des bonnes résolutions. J’adore les nouveaux commencements ! Ils offrent la possibilité de repartir sur de nouvelles bases, de faire le plein de motivation et d’ouvrir le champ des possibles. Depuis l’âge de quinze ans, tous les dimanches soir j’établis avec précision mon plan d’action pour la semaine à venir. Et quel meilleur moment que le mois de janvier pour dresser un bilan de l’année passée et redéfinir ses objectifs et priorités pour la nouvelle année ? Quelques conseils pour mettre en place votre plan d’action : Isolez-vous : pour mener à bien cette réflexion, vous devez vous éloigner de toute distraction. Et comme la solitude est une habitude à développer lorsqu’on souhaite écrire, vivez ce moment d’isolement comme un entraînement. 😊 Soyez objectif : quels ont été vos échecs et vos réussites durant cette année écoulée ? Être honnête envers vous-même fera de vous un meilleur écrivain (vous apprenez à prendre du recul sur ce que vous vivez et écrivez) et un meilleur être humain (vous choisissez de vivre dans le vrai, même quand cette vérité est difficile ; en refusant le déni, vous pouvez agir sur la situation et travailler à l’améliorer). Faites le point sur vos priorités et les projets sur lesquels vous souhaitez travailler durant l’année à venir. Cela permet de faire le tri et de donner une direction claire à vos journées. C’est indispensable pour ne pas se laisser submerger par les sollicitations extérieures, en nombre infini dans le monde d'aujourd’hui. Pour s’assurer d’avancer, il est essentiel de savoir dans quelle direction vous souhaitez aller, d’être au clair sur votre destination, d’avoir une ligne directrice. Ainsi, même si vous vous égarez, vous reviendrez plus facilement sur le chemin. Trois mots d'ordre : travail, action et responsabilité Ci-dessous, je partage avec vous le fruit de ma propre réflexion, en espérant vous encourager à faire le point et à établir un plan d’action, vous aussi ! Plus que des résolutions, pour me guider tout au long de l’année 2020, j’ai choisi trois mots d’ordre : travail, action et responsabilité. Pourquoi ces trois notions ? Travail : ceux qui ont déjà participé à mes ateliers d’écriture savent que « travail » est l’un des mots que je répète le plus souvent. Le travail est donc déjà l’une de mes valeurs fondamentales. Mais en 2020, j’ai envie qu’il devienne mon moteur principal. Si aujourd’hui la tendance est plutôt à la quête du plaisir ou du bien-être personnel, je crois au contraire que le travail est la solution à bien des maux. J’ai plusieurs fois entendu, « Si je fais telle activité, c’est pour le plaisir qu’elle m’apporte, sinon je ne la fais pas. Si c’est du travail, je rechigne à m’y mettre. » Derrière ce genre de discours se cache la croyance suivante : le plaisir fait du bien, le travail fait souffrir. Tout d’abord, je dirais qu’il n’y a pas de mal à souffrir. L’adversité renforce la capacité à s'adapter et à trouver des solutions et, ainsi, à être plus créatif. Plutôt que d’associer le mot « travail » à celui de « corvée » , je lui préfère le terme « ouvrage », beaucoup plus positif, à la façon de Boileau : « Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, / Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». N’oublions pas que le plaisir procure une satisfaction immédiate mais éphémère. Le travail, quant à lui, repousse le moment de la gratification, mais mène à l’accomplissement, qui offre une satisfaction beaucoup plus durable. Regarder une vidéo sur Youtube vous apporte cinq minutes de plaisir. Mettre le point final à un livre sur lequel vous avez travaillé pendant plusieurs années vous transforme à vie. En 2020, c’est avec enthousiasme et excitation que je me jette à corps perdu dans le travail pour atteindre mes objectifs personnels. Action : j’ai choisi comme deuxième mot d’ordre le terme « action » , par opposition à « réaction » . Dernièrement, l’actualité locale et internationale m’a vraiment dépitée. Affectée par toute la décadence de notre monde actuel, j’étais proche de tomber en dépression. Or j’ai réalisé que mon ressenti était une réaction à des événements extérieurs, et non le fruit d’un mal être intérieur. Rapidement, j’ai compris qu’il me fallait prendre de la distance et surtout, agir, plutôt que réagir. La réaction vient généralement d’une situation négative qu’on subit, elle génère souvent un sentiment d’impuissance ou de frustration. L’action est une décision d’entreprendre quelque chose pour créer un impact direct sur son environnement ou sur soi. Je ne changerai pas le monde en étant dans l’action, mais je ne le subirai pas non plus. En 2020, je choisis d’être dans l’action pour m’éloigner des ondes négatives et me rapprocher de mes objectifs personnels. Responsabilité : j’ai remarqué que le mot « responsabilité » n’était plus beaucoup prononcé de nos jours. Tout comme il y a des mots à la mode, tels que « résilience », « bonheur », « guérir », il y a des mots qui tombent complètement dans l’oubli. Pauvre de toi, responsabilité , que tout le monde juge inutile et dont plus personne ne parle ! Dans notre société actuelle, un élève n’est jamais responsable de son échec scolaire, c’est la faute de l’école qui n’a pas su s’adapter à lui, et non le fait de son travail inexistant. Une personne qui essuie des déconvenues n’a tout simplement « pas de chance », elle n’est jamais responsable de ses mauvais choix. Si les Français vont mal, c’est la faute du gouvernement, et non celle de leur incapacité à être dans le contentement. J’ai même entendu dire qu’un serial killer n’est finalement pas responsable des meurtres qu’il a commis, il est victime de sa névrose. Si je n’ai toujours pas fini d’écrire mon prochain livre, c’est la faute de la météo capricieuse, du voisin qui fait trop de bruit, de la morosité ambiante dans laquelle je vis. En gros, personne n’est responsable de ce qui lui arrive ou de ce qu’il fait (ou ne fait pas). Nous serions tous des victimes du système. Depuis quinze ans, en choisissant de vivre hors de France, et donc d’être une étrangère dans mes pays d’accueil, j’ai également choisi de ne pas vivre dans un système, mais dans une culture. Sans filet de sécurité, je suis entièrement responsable de ce qui m’arrive, pour le meilleur et pour le pire. Je suis responsable de mon bonheur et de mon malheur, de mes échecs et de mes réussites. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, tout comme je ne peux compter que sur moi-même pour trouver des solutions à mes problématiques. En 2020, je suis encore plus responsable dans le but d’atteindre mes objectifs personnels : si mon environnement ne me convient pas, à moi d’en changer. Si mes finances ne sont pas au beau fixe, à moi de me creuser la tête pour les améliorer. Si je n’ai pas assez de temps pour écrire, à moi de voler ce temps. Si mon voisin fait trop de bruit et m’empêche de travailler, à moi de prendre mes affaires et d’aller travailler ailleurs. Je suis responsable de tout ce que je fais et de tout ce qui m’arrive. Cela me permet de n’avoir jamais aucun regret. Cliquez pour revoir mon conseil de janvier 2019 en vidéo ! Conclusion : Si vous êtes au clair sur vos priorités et objectifs, il devient facile de sacrifier le reste. Et vous, avez-vous pris des bonnes résolutions pour cette nouvelle année ? Quelles sont-elles ? N’hésitez pas à m’en parler en commentaires ! L'écriture fait partie de vos bonnes résolutions ? Cliquez sur le bouton ci-dessous pour consulter notre catalogue de formations :
- Faut-il quitter son emploi pour devenir écrivain ?
Que l’écriture tienne une place importante dans votre vie, c’est une évidence ou une envie. Vous avez un, voire plusieurs projets de livre en tête depuis des années, mais vous peinez à avancer et à mettre le point final à votre manuscrit. Alors comme beaucoup, vous vous posez cette question : dois-je tout arrêter, et notamment de travailler, pour écrire à temps plein ? C’est la fameuse idée du congé sabbatique qu’on hésite à prendre, voire de la démission qu’on hésite à donner, pour finir (ou commencer) d’écrire son livre. Dans ce blog, mais aussi dans les ateliers d’écriture que j’anime, je mets un point d’honneur à déconstruire les mythes qui perdurent autour de l’écriture. L’idée n’est évidemment pas de vous décourager, mais plutôt de vous mettre face à la réalité, pour que vous sachiez ce qui vous attend, et ensuite mieux vous guider dans la fascinante aventure de l’écriture et le travail exigeant qu’elle demande. Aujourd’hui, je vais démontrer pourquoi quitter son travail, dans la plupart des cas, n’est pas une bonne idée ! Réalité n°1 : Arrêter de travailler est un luxe que peu de personnes peuvent (réellement) s’offrir. La question peut paraître bête, mais avez-vous bien fait vos calculs et pouvez-vous vraiment vous permettre d’arrêter de travailler pour vous consacrer à l’écriture ? Il peut être utile de rappeler ici que l’écriture, même si vous l’envisagez comme votre activité principale, ne remplacera certainement jamais les revenus que vous perceviez grâce à un travail alimentaire. C’est la dure réalité : en France, les chances de percevoir un à-valoir sont nulles, si vous n’êtes pas déjà un écrivain reconnu. Cela signifie que pendant tout le temps où vous êtes en train d’écrire votre livre, vous ne gagnez pas un rond. Ensuite, si vous atteignez la consécration en vous voyant offrir un contrat d’édition, sachez que les ventes de vos livres vous rapporteront des revenus anecdotiques, comparativement à ce que représente un salaire mensuel (aussi faible soit-il). Pour le dire clairement : on ne devient pas riche en devenant écrivain ! Personnellement, depuis l’âge de 25 ans, je caresse le doux fantasme de ne rien faire d’autre qu’écrire. Mais durant ces 15 dernières années, cela a toujours été purement et matériellement inenvisageable. Alors, plutôt que de me sentir triste ou frustrée (réaction), j’ai arrêté de me poser la question et commencé à réfléchir à des solutions (action) pour allier travail alimentaire et écriture de mes livres. Réalité n°2 : Tout le monde ne peut pas passer 4 heures par jour à écrire. Pourquoi 4 heures ? Si vous envisagez de quitter votre travail, c’est bien parce que vous voulez consacrer vos journées entières à l’écriture, n’est-ce pas ? J’aurais pu dire 7 heures, mais dans la réalité, très peu d’écrivains sont capables d’aller au-delà de cette durée. Après 4 ou 5 heures, le cerveau créatif sature. Alors posez-vous donc la question : serai-je capable de consacrer 4 heures de ma journée à rester devant mon écran d’ordinateur ou ma feuille blanche, et à ne rien faire d’autre qu’écrire ? Tous les jours ? Seul ? Pourquoi seul ? Parce que pour écrire, vous devez impérativement vous isoler de toute sollicitation : qu’il s’agisse de votre conjoint ou de vos enfants qui viennent vous interrompre, ou de votre propre propension à consulter frénétiquement vos mails, notifications, réseaux sociaux, etc. Lorsque vous décidez d’écrire, vous devez tout arrêter, ne plus exister pour le monde extérieur. Sinon, vous n’écrirez pas. Si après réflexion vous pensez que vous ne supporterez pas d’être seul pendant 4 à 5 heures tous les jours, sans aucune interaction, mais que 1 ou 2 heures vous semble plus raisonnables, alors il n’est pas pertinent de quitter votre travail. Que feriez-vous le reste du temps ? Il y a de fortes chances pour que vous commenciez à vous ennuyer voire déprimer. Parce que les autres, en attendant, sont au travail. 😉 Réalité n°3 : Plus on a de temps, plus on en perd. Avez-vous déjà remarqué que lorsque vous êtes en vacances ou en weekend, le temps passe plus vite ? Le petit-déjeuner qui vous prend 15 minutes en semaine, parce qu’à 8h15 vous devez être dans le métro pour être au bureau à 8h55, peut durer plusieurs heures le weekend lorsque personne ne vous attend nulle part. Je sais ce que vous allez me dire : « Je ne serai pas en vacances, mon travail sera d’écrire. » En effet. Mais la réalité est beaucoup plus complexe que cela (je suis sûre que vous vous en doutez déjà). Avoir un travail où on est attendu nous impose d’avoir une organisation quotidienne qui permet peu de souplesse, certes. C’est la fameuse routine dont on rêve tous de se débarrasser. Pourtant, la routine a du bon. Elle permet de ne pas avoir à réfléchir à la façon dont on va occuper son temps et surtout, de rester dans l’action. Lorsque, du jour au lendemain, la routine à laquelle on était habitué explose, et qu’on se retrouve avec du temps à ne plus savoir qu’en faire, la réjouissance est de courte durée : sans repère, on se sent perdu, l’action est vite remplacée par le désœuvrement, et rapidement, on sombre dans la culpabilité, voire la déprime. En attendant, on n’a toujours pas commencé son projet d’écriture qui semblait pourtant si urgent ! Réalité n°4 : un an pour écrire un livre, c’est loin d’être suffisant. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : il faut plusieurs années (3-5 ans, à titre indicatif) pour écrire et faire publier un livre . C’est un long processus, quasiment incompressible. Ou alors, c’est qu’on a bâclé le travail et/ou qu’on avait déjà trouvé un éditeur avant de commencer le projet. Aussi, un congé sabbatique, qu’il soit de quelques mois à un an, ne sera pas suffisant pour commencer et terminer votre roman, et ne vous permettra pas d’inscrire de façon durable l’écriture dans votre mode de vie. Car une fois le congé terminé, la problématique de départ se présentera de nouveau. Il est donc préférable de réfléchir à des solutions immédiates pour libérer quelques heures par semaine et les consacrer à l’écriture, et ce, quelle que soit votre situation du moment : avec ou sans travail, avec ou sans enfant, avec ou sans la pêche ! Réalité n°5 : Garder une activité rémunérée permet de mieux écrire. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est vrai ! Si vous conservez un travail alimentaire, non seulement vous êtes libéré de la question des revenus (et créez donc de l’espace disponible dans votre esprit, que vous pourrez occuper par l’écriture de votre roman), mais de plus, vous gardez un lien avec le monde extérieur, ce qui est essentiel. Car écrire, c’est chercher à être au plus proche de la vérité (même quand on écrit de la science-fiction) ; il est donc impératif de ne pas être déconnecté du réel. Enfin, quoi de plus inspirant qu’un lieu de travail où des personnalités se croisent et donnent lieu à des situations dans lesquelles vous pourrez puiser des idées ? 😉 En un mot, garder une activité professionnelle permet de rester dans une dynamique, indispensable à une vie équilibrée. Croyez-le ou non, être déséquilibré ou torturé ne fait pas de nous de meilleurs écrivains ! Un exemple parmi d'autres : Franz Kafka, écrivain et assureur Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de visiter le musée Franz Kafka, à Prague. Saviez-vous qu’avant d’être écrivain, Kafka était assureur ? Bien que tiraillé entre ces deux activités, il décida de les poursuivre toutes les deux de 24 à 38 ans, soit jusqu’à deux avant sa mort. « Ma façon de vivre est organisée uniquement en fonction de la littérature, et si elle subit des modifications, c’est uniquement pour répondre le mieux possible aux nécessités de mon travail car le temps est court, les forces sont minimes, le bureau est une horreur, l’appartement est bruyant, et il faut tâcher de se tirer d’affaire par des tours de force, puisque cela ne se peut pas en suivant un beau chemin bien droit. » On voit que Kafka, comme le commun des mortels, peinait à concilier travail et passion. Pourtant, il grimpa les échelons du métier d’assureur tout au long de sa carrière, tout en consacrant plusieurs heures par jour à l’écriture. « Je crois presque entendre la meule qui me broie littéralement entre la littérature et le bureau. Puis viennent d’autres moments, où je tiens relativement les deux en balance, surtout lorsque j’ai mal travaillé à la maison. » Malgré la souffrance de ne pouvoir s’adonner complètement à sa passion, on comprend que son travail d’assureur était parfois salvateur, permettant à Kafka de ne pas sombrer dans le désespoir lorsque l’écriture devenait trop difficile. « Je ne suis que littérature et ne peux ou ne veux rien être d'autre. » (Franz Kafka) N.B. : Si vous êtes de passage à Prague, n’hésitez pas à consacrer un peu de temps au musée Kafka (une heure suffira). Il vous faudra passer un obstacle à l’entrée, celui de l’hôtesse acariâtre et de son tonitruant « Tickets buy other there ! » qui vous donneront immédiatement envie de fuir en courant. Mais ne vous arrêtez pas à cela : dites-vous que la syntaxe et l’accueil kafkaïens de la vieille dame sont une plongée immédiate dans l’univers du grand auteur pragois ! 😉 Mes recommandations : Avant de prendre une décision aussi radicale que de démissionner de votre travail ou envisager une reconversion professionnelle pour vivre pleinement votre passion, ayez l’honnêteté de vous poser les questions suivantes : Depuis combien de temps est-ce que j’écris sérieusement ? Ai-je déjà écrit sérieusement dans le passé ? Qu’entend-on par « sérieusement » ? Si vous n’avez écrit que des bribes sur plusieurs années, si vous n’avez jamais consacré plus d’une heure par jour à l’écriture de façon régulière, si l’écriture est un rêve que vous nourrissez mais qui ne s’est jamais transformé en action jusqu’à présent, et bien vous n’êtes certainement pas prêt à changer de vie et à devenir écrivain. Comme dit le vieil adage : on ne change pas du jour au lendemain. Conseil : commencez par mettre en place une routine d’écriture , même modeste. 15 minutes d’écriture par jour, par exemple. Ce sera un bon test pour savoir si vous êtes prêt à consacrer plus de temps à l’écriture. Ai-je un vrai projet d’écriture ? Si la réponse est non, posez-vous une autre question : « quelle est la vraie raison pour laquelle je souhaite changer de vie ? » Cette question est essentielle, elle vous aidera à faire les bons choix et à éviter une catastrophe, provoquée par une décision hâtive. Conseil : avant toute chose, définissez clairement un projet d’écriture (un roman ou un recueil de nouvelles, par exemple) et surtout, une date limite pour le terminer. Suis-je prêt à faire de l’écriture ma priorité et à sacrifier certaines choses ? Si vous voulez commencer à écrire ET continuer vos cours de yoga journaliers ET vous mettre au chant en même temps ET conserver le brunch du dimanche de 12h à 17h toutes les semaines, il y a des chances pour que vous ne soyez pas prêt à faire de l’écriture votre priorité ! Conclusion : Quitter votre travail ne vous fera pas écrire plus. Le manque de temps n’est pas la raison pour laquelle vous n’écrivez pas. Le manque de pratique et de discipline est la véritable raison pour laquelle vous n’écrivez pas. Bonus : Ma sélection des citations de Franz Kafka : « L'écriture est une activité atroce, qui implique une ouverture totale du corps et de l'âme. » ( Journal , 23 septembre 1912) « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? » ( Lettre à Oskar Pollak , janvier 1904) « Ma vie, au fond, consiste et a consisté depuis toujours en tentative pour écrire, et le plus souvent en tentatives manquées. Mais lorsque je n’écrivais pas, j’étais par terre, tout juste bon à être balayé. » ( Lettre à Felice , 1er novembre 1912) Cliquez pour voir mes conseils d'organisation ! Et vous, avez-vous déjà envisagé de quitter votre emploi pour vous consacrer à l'écriture et devenir écrivain ? Quelle leçon en avez-vous tiré ? Pour que l'écriture devienne une pratique quotidienne et fasse partie durablement de votre mode de vie, rejoignez le stage d'écriture en ligne « Devenir un écrivain discipliné » !
- L'actualité de Christine et des ateliers d'écriture
Retour sur ces six derniers mois, le confinement, ce qu'il en est ressorti, et présentation des projets à venir ! Mon dernier billet était un cri du cœur, un coup de gueule poussé pour réveiller les consciences et faire ressortir la part de courage qui sommeille en nous. Depuis, ce blog est resté en jachère car j'ai préféré donner la priorité à d’autres projets, d’écriture, mais aussi à de nouvelles formations au métier d'écrivain. Aujourd’hui, pour relancer le blog, j’ai choisi de vous raconter l'envers du décor, ce qu’il s’est passé ces six derniers mois à L’atelier d’écriture by Christine , et ce que j'ai prévu pour préparer l’avenir – qui sera lumineux 🌞 Premier confinement : création du programme intensif d’écriture Mise à jour (mars 2023) : le programme intensif a changé de nom et s'appelle désormais « Devenir un écrivain discipliné ». En mars 2020, le monde a basculé. Chacun, à un niveau individuel, a été impacté par ce nouvel ordre des choses. De mon côté, j'ai dû annuler et arrêter tous les ateliers d'écriture en présentiel , que ce soit à Paris ou Casablanca. En début d’année, j’étais aussi en pourparlers avec une fondation pour la création et la mise en place d’un programme d’écriture s’adressant à des jeunes talents venant de milieux défavorisés. L’idée était de lancer un casting gigantesque pour repérer des écrivains en herbe et leur offrir la possibilité de suivre gratuitement une formation pour commencer l’écriture d’un premier roman. Malheureusement, l’idée s’est noyée dans le tsunami du moment. Comme beaucoup, mon premier réflexe d’adaptation à ce nouveau quotidien a été de profiter de cette période pour me concentrer sur mes projets personnels : poursuivre l’écriture de mon roman (en cours depuis 2017). Mais au bout de quelques semaines, j’ai fait face à ce phénomène récurrent dans la vie d’un écrivain : une traversée du désert créatif. Non seulement je ne pouvais plus animer d’ateliers à cause de la crise sanitaire, mais voilà que je n’arrivais plus à écrire non plus. D’expérience, je sais que les traversées du désert connaissent toujours une fin. Qu’on finit par tomber sur la source qui nous permettra de nous désaltérer, de retrouver énergie, volonté et idées pour relancer son projet d’écriture. A la condition qu’on n’abandonne pas, qu’on ne reste pas au milieu du désert et qu’on continue d’avancer malgré les difficultés. Ces traversées sont plus ou moins longues, et celle du printemps dernier m’a paru interminable ! L’angoisse que L’atelier d’écriture by Christine pouvait mourir économiquement durant la crise était sûrement pour beaucoup dans mon blocage. C’est à ce moment-là que des « journaux du confinement » ont pullulé un peu partout, signe que la conjoncture, et ce soudain surplus de temps libre pour certains, ont réveillé les rêves, projets et velléités d’écriture chez de nombreuses personnes. Beaucoup ont saisi la période du confinement pour se (re)mettre à écrire. A l’époque, L’atelier d’écriture by Christine ne proposait qu'un seul atelier d'écriture en ligne , à raison de trois sessions par an. La session du mois de mai fut prise d’assaut, affichant complet plus d’un mois avant sa date de démarrage. Une fois les 12 places disponibles attribuées, 18 personnes étaient encore sur liste d’attente. Ne pas pouvoir accueillir ces 18 personnes et leur offrir l’accompagnement qu’elles recherchaient fut la source qui mit fin à mon désert créatif. Une idée de projet qu’on garde dans un coin de sa tête pour ne pas l’oublier et la laisser mûrir, finit toujours par revenir à soi de façon plus claire et élaborée. C’est ainsi qu’est né le programme intensif d’écriture , nouvelle formation lancée par L'atelier d’écriture by Christine le 1er juin 2020, destinée à toute personne envisageant de devenir écrivain. Conceptualiser la formation, trouver une progression à la fois logique et didactique, rédiger les exercices quotidiens et l’explication théorique les accompagnant, trouver et mettre en place la plateforme technique pour rendre la formation accessible à distance, imaginer une campagne marketing pour le lancement… Deux mois de travail intense ont abouti à la création de ce programme d’écriture de 6 semaines, composé de 42 exercices et fiches explicatives, pour apprendre à construire de solides habitudes d'écriture, écrire de façon organisée, disciplinée, sans attendre les idées ou l’inspiration. Ou comment écrire tous les jours de sa vie et en finir avec le syndrôme de la page blanche pour terminer l'écriture de son roman. Ce que j’ai mis dans cette nouvelle formation, ce sont mes quinze années d’expérience dans l’écriture, le fruit de mes propres tâtonnements, efforts, échecs, apprentissages, conclusions, outils, techniques d'écriture, et enfin, la méthodologie que j’ai mise sur pied tout au long de ces années pour construire un roman. Entre deux confinements : création des marathons, des ateliers d'écriture pas comme les autres Finalement, le premier confinement m’a permis de découvrir que le distanciel avait du bon. Qu’il était possible de continuer à proposer des ateliers d’écriture de qualité et de créer du lien avec les participants pour les accompagner au mieux. Grâce au lancement du programme intensif d’écriture , ma dernière traversée du désert créatif était bel et bien derrière moi. L’engrenage positif s’étant enclenché à nouveau, je me suis également remise à écrire, en plus de l’animation des différentes formations à distance. Fin juillet, je terminais le deuxième jet de mon roman, avec plus de facilité que pour le premier jet. Et puis j’ai ressenti un nouveau besoin qui, ai-je pensé, était peut-être partagé par d’autres : celui d’écrire ensemble, de pouvoir sortir de son isolement d’écrivain, confinement ou pas. Car si la solitude est un incontournable du métier d’écrivain, elle peut parfois peser. A l’inverse, se sentir entouré de pairs ayant le même objectif, celui d’écrire et d’avancer sur ses manuscrits, permet de trouver une motivation constamment renouvelée. C’est ainsi que l’idée du marathon d’écriture est née. Le principe ? Se réunir en ligne, partout dans le monde, pour écrire librement ensemble pendant trois heures d’affilée, par tranches de 50 minutes entrecoupées de 10 minutes de pause. Si les marathons ne sont pas des ateliers d’écriture à proprement parler (je laisse de côté ma casquette d'animatrice), ils permettent de dédier ce temps à son projet d’écriture, de trouver soutien et motivation en faisant partie d’une communauté qui partage la même pratique. Le 22 août 2020, le premier marathon d’écriture a eu lieu. Sur la ligne de départ, 11 marathoniens, de Paris, Rennes, Montréal, Casablanca, Beyrouth… prêts à en découdre avec leurs projets d’écriture ! Depuis, plus d’une centaine d’autres personnes nous ont rejoint, certaines souhaitant profiter du groupe pour travailler sur divers projets : concours de nouvelles, articles de presse, essais, thèses, traductions, et même documents administratifs et comptables ! Les résultats sont immédiats : grâce à ce format encadré, on est concentré et on produit beaucoup plus que si l’on était seul, perdu dans une temporalité indéfinie. Faire partie d'un groupe et bénéficier de conseils d'écriture sont également de très bons stimulants à l'écriture. Reconfinement : aujourd’hui, où en sommes-nous ? Depuis le 1er juin, date de son lancement, le programme intensif d’écriture compte déjà plus de 50 participants. Certains disent ressortir « transformés » de ces 6 semaines d’écriture intensive. Dorénavant, nous proposons une nouvelle session chaque premier lundi du mois. Plus de 150 marathoniens de l’écriture ont pris part aux 24 sessions qui ont eu lieu à ce jour. Grâce à la régularité de ces marathons, j’ai moi-même terminé le troisième jet de mon roman, que je viens de relire afin d’entamer le quatrième (et dernier ?) jet de ce projet de longue haleine. Et demain ? Toujours plus de projets et d’écriture ! Puisque nous sommes repartis pour un confinement d’une durée indéterminée et que l’avenir demeure incertain, j'ai souhaité proposer plus de formations et ateliers en ligne : Les marathons d’écriture gratuits, tous les mardis (9h-12h) et samedis (15h-18h) ; Une nouvelle session du programme intensif en ligne tous les mois ; Plus de sessions des ateliers à distance « récit initiatique » et « techniques narratives avancées » ; Prochainement, un atelier à distance « découverte » ; Et la grande nouveauté à venir : la formation « Commencer un roman ». On vous en dit plus très bientôt ! 😉 Pour ce qui est de mes projets personnels, l’objectif est de mettre le point final à mon manuscrit en cette fin d’année. J’ai hâte de vous présenter mon nouveau roman et d'en partager avec vous quelques extraits ! Ensuite, début 2021, j’embarquerai pour une nouvelle aventure très excitante : je retournerai moi-même en formation, en participant à l’un des fameux ateliers de Gotham Writers , une institution dans le domaine de l’écriture créative à New York City ! L’enjeu sera de taille, puisque j'ai été admise dans le niveau avancé et que je devrai présenter un projet de roman en anglais au cours de cette formation. Comme je le dis souvent dans mes ateliers, la vie nous rattrape toujours, bouleversant notre quotidien et nos plans, nous demandant de jongler avec ses aléas et ses imprévus. Mais si vous ressentez l'envie d'écrire ce roman, cette fiction, cette histoire que vous avez en tête depuis si longtemps, vous devez impérativement faire une place à l’écriture , quelles que soient les circonstances du moment. Et vous, quels sont vos projets d’écriture et qu’avez-vous mis en place pour les faire aboutir ? N'hésitez pas à partager en commentaires ! *** Pour en savoir plus sur tous nos ateliers, stages et formations à l'écriture, cliquez ci-dessous :
- 10 conseils pour créer des personnages marquants
Dans une œuvre romanesque, qu’il s’agisse d’une fiction ou d’un récit autobiographique, ce sont les personnages qui portent l’histoire, ainsi que le message que vous cherchez à faire passer au lecteur à travers votre écriture. Ces personnages jouent donc un rôle essentiel. Sans personnage vivant, incarné, crédible et attachant, votre récit peinera à intéresser et à marquer le lecteur. Mais comment s’assurer justement que ses personnages soient suffisamment développés, « en chair et en os », et qu’ils retiendront l’intérêt du lecteur ? Voici 10 conseils pour créer des personnages marquants. Quelques personnages de fiction célèbres 1. Sortez des lieux communs L’un de nos premiers réflexes, lorsqu’on crée des personnages, est de commencer par une description générique. Par exemple : « Il était grand, brun et avait un regard ténébreux. » Or, ces attributs passe-partout ne sont pas caractérisants, c’est-à-dire qu’ils ne nous permettent pas de nous faire une image précise du personnage. Des millions d’hommes sont grands et bruns… et qu’est-ce qu’un regard ténébreux d’abord ? On croit que choisir des attributs qui sont communs à un grand nombre de personnes permet à un grand nombre de lecteurs de s’identifier au personnage. Or, c’est tout l’inverse : si le personnage est décrit de façon générique, alors le lecteur le trouvera plat, et en aucun cas il ne s’identifiera (ou ne s’intéressera) à lui. Une autre erreur consiste à choisir des archétypes de personnages : la mère de famille dévouée et débordée, la grand-mère sage et réconfortante, le patron carriériste et machiavélique, l’enfant pur et innocent, l’immigré illettré et pauvre, etc. Si ces personnages sont des archétypes, c’est bien parce qu’ils existent. Cependant, en reprenant ces archétypes tels quels, sans les nuancer, vous tomberez inévitablement dans le cliché, et risquez de dire ce qui a déjà été dit mille fois. 2. Faites-en des individus uniques Pour éviter que vos personnages soient stéréotypés ou caricaturaux, vous devez donc faire en sorte de les rendre uniques. C’est à cette condition qu’ils seront à la fois vivants, crédibles et attachants. Vous pouvez avoir le meilleur style d’écriture du monde, mais si vos personnages ne captivent pas le lecteur, alors il y a de grandes chances pour que celui-ci referme définitivement votre livre. Pour rendre un personnage unique, donnez-lui des caractéristiques particulières, qui soient cohérentes avec sa personnalité et son histoire. Par exemple : une cicatrice, suite d’un accident vécu par le personnage et qui continue de le hanter dans son présent ; une habitude incongrue, révélatrice d’une faiblesse ou d’une peur du personnage ; une posture physique, représentative de son tempérament ou de ce qu'il essaie de cacher, etc. Soyez le plus spécifique possible. Un bon moyen d’obtenir des personnages uniques est de casser les archétypes. N’ayez pas peur de choisir pour héros une mère de famille qui n’aime pas ses enfants, une grand-mère toxique, un patron bienveillant, un enfant tyrannique, un immigré qui reçoit le prix Nobel, etc. Ces profils inhabituels éveilleront la curiosité du lecteur : celui-ci cherchera à savoir pourquoi ces personnages sont ainsi, et il aura donc envie de poursuivre la lecture de votre livre. 3. Rendez-les vulnérables Une autre erreur fréquente est de vouloir faire de ses personnages, notamment son personnage principal, un être héroïque qui soit parfait : beau, intelligent, gentil, drôle, courageux, empathique, engagé, etc. Ce type de personnage n’est pas du tout crédible. Avez-vous déjà rencontré dans la vie une personne qui n’ait aucun défaut ? A l’inverse, plus votre personnage principal sera vulnérable, plus il sera complexe et attachant. C’est à ce type de personnage que le lecteur s’identifiera le plus facilement. Donnez donc à votre personnage une faille, une faiblesse, une blessure. Qu’elle soit physique, psychologique ou émotionnelle. La vulnérabilité, c’est ce qui rend votre personnage humain, et donc vivant, crédible et intéressant. 4. Mettez-les à l’épreuve En tant qu’auteur, on peut parfois rechigner à faire souffrir ses personnages. En effet, à force de passer des heures et des heures à les définir, on finit par s’attacher à eux et il devient alors contre-intuitif de les jeter dans les pires embûches. Pourtant, pour qu’une histoire soit captivante et que le lecteur ait envie de suivre les personnages, ceux-ci doivent subir des épreuves et surmonter des obstacles. C’est à travers les crises qu’un individu dévoile sa vraie nature, dans la vie comme dans la fiction. Aussi, plus vous créerez de difficultés pour votre héros et plus vous aurez d’opportunités de montrer qui est ce personnage, dans ses meilleurs comme dans ses pires jours. 5. Soyez leur psy ! Comme j’aime à le répéter dans mes ateliers d’écriture, pour être un bon écrivain, vous devez être un fin psychologue. Connaître la psychologie humaine vous permettra de créer des personnages complexes et de comprendre les motivations des individus dans leurs quêtes effrénées (ou les raisons de leur passivité pathologique). Cherchez à comprendre pourquoi vos personnages sont ce qu’ils sont au moment où l’histoire commence. Pour cela, vous devrez remonter loin dans leur passé et réfléchir aussi à leur futur, refaire tout l’historique de leur vécu, du jour de leur naissance à leur mort, même si votre récit ne couvre qu’une seule année voire un seul jour de leur vie. Qu’ont-ils vécu durant leur enfance qui les ait marqués définitivement ? Pourquoi courent-ils après tel objectif ? Quelle est leur plus grande peur ? Leur secret inavoué ? Pour comprendre la complexité de vos personnages, vous devez devenir leur biographe et leur psy ! 6. Travaillez leurs voix Créer des personnages marquants et les rendre uniques, c’est aussi leur attribuer une voix spécifique, une façon de s’exprimer qui soit à l’image de leur milieu social, leur niveau d’éducation, leur tempérament. Vos personnages doivent être reconnaissables à leur manière de s’exprimer. Ils ne peuvent donc pas tous parler de la même façon, avoir les mêmes tics de langage, et surtout, ils ne doivent pas avoir la même voix que le narrateur ou que vous-même, l’auteur. 7. Inspirez-vous de votre entourage… Bien évidemment, l’écrivain trouve sa matière première dans ce qui compose son environnement et son quotidien. Il est donc naturel que vous vous inspiriez des personnes que vous connaissez pour créer vos personnages. Pour autant, vous ne pourrez pas faire l’économie d’une réflexion et d’une construction de vos personnages. En effet, c’est une erreur de penser que, parce que votre héros est votre père ou votre meilleur ami – une personne que vous connaissez très bien – alors vous n’avez pas besoin de creuser ce personnage. Un individu réel est plein de contradictions et d’incohérences, son parcours est souvent chaotique ; tandis qu’un personnage romanesque doit être cohérent, et son parcours doit suivre une certaine logique, celle de l’histoire que vous cherchez à raconter et du message que vous essayez de transmettre au lecteur. 8. … Mais sachez aussi vous détacher de la réalité Si vous écrivez une autofiction ou un roman autobiographique, gardez en tête qu’en dehors de vos proches et amis, personne ne s’intéressera à votre vécu personnel. En effet, le lecteur n’a pas envie de lire l’histoire d’un inconnu. Ce qu’il veut lire, c’est un récit bien écrit, une histoire captivante dans laquelle il pourra se projeter, s’identifier au héros (ou à un personnage secondaire), trouver des réponses à des questions qu’il se pose lui-même, apprendre de nouvelles choses. Pour plaire à un lecteur qui ne vous connaît pas, votre roman devra donc avoir une portée universelle, même si la trame est construite autour d’une tranche de votre vie. Pour cela, il convient de ne pas faire un « copier/coller » de la réalité ni de rester attaché aux détails de votre vie, mais de sélectionner les éléments qui vous permettront : de mettre en place une logique et une cohérence tout au long du roman (la vie, telle qu’on la vit, n’est pas toujours logique et cohérente !) ; d’avoir un fil conducteur facilement identifiable pour le lecteur (un seul, et non plusieurs) ; d’accentuer un ou deux aspects de l’histoire qui vous semblent particulièrement intéressants (et non pas toute une liste de thématiques dont aucune ne serait approfondie ni mémorable) ; de faire passer un message fort (plutôt que de laisser le lecteur sur sa faim parce qu’il n’aura pas compris l’intérêt de ce roman). En gros, même si c’est de vous dont vous parlez, vous devez prendre du recul et être capable de traiter votre matière première (votre vécu) comme n’importe quel matériau romanesque et faire de vous-même un personnage aux contours bien délimités. 9. Créer des personnages grâce à des fiches Par où commencer et comment s’organiser pour créer des personnages ? Il peut être utile d’utiliser un canevas, un questionnaire, une fiche à remplir dans laquelle vous devrez répondre à un certain nombre de questions concernant votre personnage. Il existe de nombreux modèles de fiches personnages téléchargeables sur le net. Inspirez-vous en pour compiler votre propre fiche et l’adapter aux besoins de votre roman. Cet outil vous permettra non seulement de vous interroger sur l’identité de vos personnages, mais aussi de vous assurer de leur cohérence, et donc de leur crédibilité. Etablissez une fiche détaillée pour chacun de vos personnages importants (principaux et secondaires). 10. Vivez avec eux au quotidien Brosser le portrait de vos personnages grâce une fiche est un début, mais ne sera guère suffisant pour obtenir des personnages complexes et marquants. Pour creuser et développer vos personnages, leur donner de la profondeur, il convient de prendre le temps de faire leur connaissance. Comme dans la vraie vie, connaître quelqu’un, cela ne se fait pas en quelques heures, mais sur plusieurs mois. Vous devez donc passer du temps avec vos personnages, leur poser des questions sur leur passé, leurs blessures, leurs peurs, leurs motivations, leurs opinions, leurs désirs, leurs fiertés. Imaginez-les vivant avec vous au quotidien : que prennent-ils au petit-déjeuner ? Comment se comportent-ils face à un inconnu ? Que font-ils lorsqu’ils sont seuls ? Travaillent-ils en musique ou en silence ? Ont-ils une routine ou sont-ils dans l’improvisation permanente ? etc. Les réponses à ces questions ne seront pas toujours exploitables dans votre roman, c’est-à-dire que vous ne pourrez pas forcément reprendre les réponses écrites pour les intégrer à votre manuscrit. En revanche, ces réponses vous apporteront des informations précieuses qui vous permettront d’atteindre une connaissance fine et nuancée de vos personnages. Riche de cette connaissance, lorsque vous mettrez en scène vos personnages dans votre roman, leur profondeur et leur complexité transparaîtront à l’écrit, et le lecteur les ressentira. Ecrire un roman ne se résume pas à la rédaction du manuscrit à proprement parler. L’écriture d’un roman comporte plusieurs étapes, dont une longue étape de construction avant même de poser les premiers mots de la scène d’ouverture. Ainsi, les personnages ne s’improvisent pas au fur et à mesure qu’on compose son roman, mais exigent de la réflexion, de noircir des dizaines de pages de notes, dont on ne gardera peut-être que quelques phrases. Mais ce travail exploratoire, ces recherches en amont, cette écriture intuitive sont indispensables si vous voulez aboutir à un roman de qualité, sans incohérence, tout en nuances et en subtilité. *** Pour en savoir plus sur la création de personnages marquants et apprendre à les développer, rejoignez une session de notre formation « Commencer un roman » :
- Conseils de lecture : 8 classiques de la littérature à découvrir ou à relire
En janvier de l’année dernière, je me suis lancé le défi de ne lire que des œuvres de la littérature classique pendant toute l’année 2023. Pourquoi ce défi ? Plusieurs raisons : Comme le dit Italo Calvino dans Pourquoi lire les classiques ? : « On devrait consacrer, à l’âge adulte, un temps à la redécouverte des plus importantes lectures de sa jeunesse. Car, si les livres ne changent pas (mais en réalité ils changent à la lumière d’une perspective historique différente), nous-même avons changé, et nos retrouvailles avec eux sont des événements nouveaux. » L’un de mes objectifs d’écriture pour 2023 était de travailler mon style. Or, les plus grands stylistes de la littérature sont rarement nos contemporains, mais plus souvent des grands auteurs morts et enterrés. Fidèle à ma valeur d’exigence, je voulais plonger dans des textes traditionnellement jugés difficiles à lire, et peut-être me laisser surprendre par la facilité d’accès de certains titres anciens. En 2023, le club de lecture by Christine a vu le jour. Une manière plus interactive de transmettre mes conseils de lecture. Pour cette première année de programmation, j’ai choisi comme thématique « la littérature classique, française et étrangère ». Il était donc naturel que je m’immerge totalement dans ce choix littéraire. Bilan : un défi presqu’entièrement relevé, puisque je me suis tout de même autorisée un roman de la rentrée littéraire en fin de l’année ( L’Enragé de Sorj Chalandon). Voici, sans plus attendre, ma sélection des titres de la littérature classique qui m’ont le plus marquée, parmi une cinquantaine d’œuvres lues en 2023. Conseils de lecture 2023 1. Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde (1890) Il y a trente ans, alors que j’étais en classe de 5e, mon professeur d’anglais me glissa dans la main un livre un peu usé. « Lis ça, » me dit-elle. « Celui-ci n’est pas au programme, il m’appartient. Alors il s’appelle Reviens. » En me faisant découvrir cette œuvre majeure de la littérature anglaise, dans sa langue originale, Madame Vié m’ouvrait les portes d’un monde que je n’aurais sans doute pas exploré seule (ou alors beaucoup plus tard). De plus, lorsqu’un adulte vous fait comprendre que vous êtes capable d’aller plus loin, que même à l’âge de douze ans on peut lire des textes pour adultes — en anglais, qui plus est — alors on saisit cette confiance à la volée et on s’y accroche comme au plus précieux des cadeaux qu’on puisse recevoir en tant qu’adolescent. J’ai commencé l’année 2023 avec cette lecture. La recherche de la beauté et de la jeunesse éternelles de Dorian Gray, personnage principal de l’histoire, m’a laissée aussi pantoise qu’à l’époque de ma première lecture. Sans doute ne partage-je donc pas la même obsession que le dandy. J’ai cependant apprécié redécouvrir les envolées (parfois longueurs) lyriques d’Oscar Wilde. 2. Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley (1818) Un des titres de la programmation 2023 du club de lecture by Christine , Frankenstein , pour ceux qui l’ignorent, n’est pas le nom de la créature, mais celui de son créateur : le professeur de chimie Victor Frankenstein. Ce que l’on ignore aussi parfois de cette œuvre — et qui est sans doute encore plus étonnant — c’est qu’elle a été écrite par une jeune femme de dix-neuf ans, Mary Shelley, épouse du plus célèbre Percy Shelley. Il faut lire Frankenstein en se souvenant que ce roman a été écrit en 1816. On réalise alors la portée visionnaire de l’œuvre de Mary Shelley. L’humain, se pensant supérieur, s’amuse à enfreindre les lois de la nature et le paye de la façon la plus effroyable qui soit. L’autre point d’intérêt de cette œuvre est sa structure romanesque, très différente de l’arc narratif traditionnel. On est ici en présence d’une construction en abyme, qui imbrique trois récits : celui du capitaine Walton, de Victor Frankenstein et de la créature. Puis on revient au récit de Frankenstein, pour finir sur celui de Walton. La boucle est bouclée ; la conclusion est sans appel. 3. Lolita de Vladimir Nabokov (1955) Au risque de choquer la bien-pensance de notre époque, Lolita de Vladimir Nabokov demeure à mes yeux un chef d’œuvre absolu que tout lecteur devrait avoir lu. On peut s’offusquer du fait que le héros-narrateur soit un pédophile avéré, mais on ne peut nier le génie de l’auteur russe — qui, non, n’était pas pédophile lui-même (tous les romans ne sont pas forcément autobiographiques). Chaque page de Lolita est une prouesse lyrique, lexicale (plusieurs mots rares à la ligne), narrative (on s’attache malgré soi à Humbert Humbert). A lire en mettant de côté ses opinions personnelles et en s’intéressant avant tout au travail d’écriture de Nabokov, d’une méticulosité exceptionnelle. 4. L’Œuvre d’Emile Zola (1886) Moins connu que d’autres tomes des Rougon-Macquart, L’Œuvre est mon roman préféré de la série. Lu pour la première fois à l’âge de quinze ans, je me souvenais encore en détails de certaines scènes marquantes, plusieurs décennies plus tard. Rares sont les livres dont on peut dire cela. Le monde de l’art, la difficile percée des peintres impressionnistes, le Paris de la deuxième moitié du XIXe siècle, l’amitié indéfectible et son opposé — la trahison, ainsi que le travail acharné de l’artiste pour atteindre la perfection : toutes ces thématiques font de L’Œuvre un roman à la fois universel, intemporel, et pourtant au plus proche de son époque. 5. Des Souris et des hommes de John Steinbeck (1937) Autre titre de la programmation 2023 du club de lecture by Christine , Des Souris et des hommes est une exception littéraire en termes d’écriture : très court (32 000 mots) mais puissant, il est l’un des rares romans écrit entièrement du point de vue externe. Un exploit en soi, car ce point de vue narratif est extrêmement difficile à tenir sur la longueur d’un roman. En effet, à aucun moment le lecteur n’a accès ni aux pensées ni aux sentiments des personnages ; pourtant, on est Lenny, on est George, lorsqu’on lit Des Souris et des hommes . L’émotion, qu’elle soit violente ou attendrissante, passe sans qu’elle soit nommée. Il ne faut pas se fier à la langue, d'apparence grossière à certains moments, pour juger l'oeuvre. John Steinbeck était un auteur d'une très grande exigence, comme en témoigne son journal de bord , et aucun de ses choix lexicaux et narratifs n'étaient laissé au hasard. Le dénouement de l’histoire, inoubliable, nous fait réfléchir — comme le fait tout grand roman — sur des thèmes universels tels que l’amitié, la solitude, la mort et la vacuité de la vie. 6. La Planète des singes de Pierre Boulle (1963) Avant de devenir une superproduction hollywoodienne aux multiples remakes et une franchise médiatique, La Planète des singes est d’abord un roman, écrit par un auteur français : Pierre Boulle. Le livre, considéré comme un classique de la science-fiction, est une satire dystopique de l’humanité, de la guerre et de la science. Sur une planète éloignée mais semblable à la Terre, les singes sont l’espèce dominante, tandis que les hommes sont réduits à l’état sauvage. Ecrit dans un style assez ordinaire, mais suivant une idée originale et une structure efficace, La Planète des singes est une lecture à la portée de tous, divertissante, qui invite aussi à une réflexion sur la place de l’Homme dans l’univers. 7. Le Mur invisible de Marlen Haushofer (1963) Autre titre de la programmation 2023 du club de lecture by Christine , ce roman méconnu, écrit par une auteure autrichienne, est également une dystopie publiée la même année que La Planète des singes. Dans une langue très simple voire simpliste, et même répétitive, sans réelle structure narrative ni découpage par chapitre, Marlen Haushofer parvient pourtant à nous plonger de façon limpide et fascinante dans ce huis clos solitaire dont on ne sait quasiment rien. Au fil du roman, on s’attache à des petits choses, tout comme la protagoniste principale pour qui le fait de rester occupée est une question de santé mentale et de survie. 8. Les Soirées de Medan , recueil de nouvelles (1880) Guy de Maupassant a bercé mon enfance. J’ai tout lu de lui, ou presque. Parmi ses nombreux écrits, « Boule de suif » faisait partie de mes lectures « réconfort », celles vers lesquelles je retournais inlassablement pour m’évader d’un quotidien pesant. Pourtant, l’histoire d’Elisabeth Rousset n’a rien de réjouissant ou de rassurant. Au contraire, la nouvelle de Maupassant, qualifiée de « chef d’œuvre » par son aîné et mentor Gustave Flaubert, met en scène, sans complaisance, la mesquinerie abjecte dont sont capables les humains. Durant cette année de lecture des classiques, j’ai eu envie de redécouvrir ce texte. L’occasion parfaite de lire Les Soirées de Medan, recueil de nouvelles dont « Boule de Suif » fait partie, et dont le meneur n’est autre qu’un certain Emile Zola. Si l’on peut estimer que les six nouvelles qui composent Les Soirées de Medan sont de qualité inégales, ce qui les réunit, c’est une même thématique (la guerre franco-prussienne) et une même ligne éditoriale (s’éloigner des discours policés et patriotiques). Avec ce rejet de la bien-pensance, les six auteurs (Emile Zola, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique et Paul Alexis) savaient qu’ils s’exposaient aux foudres de la critique. D’ailleurs, Zola n’hésite pas à l’écrire dans la préface : « Nous nous attendons à toutes les attaques, à la mauvaise foi et à l’ignorance dont la critique courante nous a déjà donné tant de preuves. Notre seul souci a été d’affirmer publiquement nos véritables amitiés et, en même temps, nos tendances littéraires. » *** Si vous voulez découvrir d'autres titres à lire, rejoignez le club de lecture by Christine. Chaque mois, une nouvelle oeuvre est proposée :
- Le confinement ne vous fera pas écrire plus, sauf si…
Depuis qu’une bonne partie du monde se retrouve à vivre un quotidien radicalement différent, en raison de l’actualité, je vois passer plusieurs fois par jour des publications clamant que c’est le moment de se (re)mettre à écrire. J’avoue avoir moi-même participé à la prolifération de cette prescription au début du confinement. Et puis très vite, j’ai commencé à recevoir deux types de messages : des messages de mes amis écrivains, ceux qui écrivent régulièrement depuis plusieurs années ; et des messages de personnes qui aspirent à écrire ou débutent dans l’écriture, avec qui j’ai travaillé lors d’un atelier d’écriture ou au cours d’un accompagnement personnalisé . Parmi les messages que j’ai reçus, deux tendances se dessinent : Chez la plupart des écrivains, l’exhortation au confinement ne change quasiment rien à leur quotidien : rester enfermé chez soi durant des heures, concentré sur son travail d’écriture, était déjà une habitude ancrée, bien avant l’arrivée du coronavirus et les mesures prises pour endiguer sa propagation. Chez les personnes qui aimeraient ou qui envisagent de se mettre à écrire régulièrement, plusieurs témoignages relatent l'étonnement à ne pas parvenir à écrire plus, en dépit du confinement et des nombreuses heures à tuer dont elles disposent aujourd’hui. La conclusion est assez facile : c’est un leurre que de croire que le confinement va nous permettre d’écrire plus. Les fausses croyances autour de l’écriture et du métier d’écrivain sont pléthore. L’une des plus courantes est la suivante : J’ai toujours eu envie d’écrire, mais je n’écris pas par manque de temps. De cette fausse croyance découlent de nombreuses variantes : J’écrirai quand ce sera le bon moment J’écrirai quand j’aurai démissionné J’écrirai quand je serai à la retraite J’écrirai quand mes enfants seront grands Etc… etc… Attendre le bon moment pour écrire plus n'est pas une solution. On le voit bien aujourd'hui : que dire du confinement qui nous est imposé ? Ne correspond-il pas à ce fameux « bon moment » que beaucoup attendaient ? N’offre-t-il pas soudainement ce temps qu’on rêvait d’avoir pour écrire ? Et pourtant, force est de constater que le confinement ne fait pas plus écrire. La vérité, c’est qu'il n'y a pas, et il n’y aura jamais, de bon moment pour se mettre à écrire . Je les entends déjà, ceux qui diront : « Oui c’est vrai, je suis confiné avec plus de temps à disposition, mais j’ai les enfants sur le dos, je dois m’occuper de ma maison, gérer des choses que je ne gérais pas avant… » Ou encore : « A cause du confinement, je suis angoissé, j’ai perdu toute inspiration… » Soyons honnêtes : il y aura toujours des imprévus dans la vie. Il y aura toujours une bonne excuse de ne pas écrire. Et si on arrêtait de se trouver des excuses ? Je vous propose, à la place, de regarder la réalité en face et d’avoir le courage de fournir les efforts qu’exige la pratique de l’écriture. Attendre du confinement qu’il vous « débloque » et vous permette d’écrire, ou de terminer ce livre que vous avez en tête depuis des lustres, est une illusion, et ne peut être que source de déception. Le confinement ne changera rien (ou pas grand-chose) à vos habitudes d'écriture. Le confinement ne fera pas de vous un être discipliné du jour au lendemain. Le confinement, ou les circonstances extérieures en général, ne peuvent rien pour vous. Vous seul pouvez changer les choses. C’est en quelque sorte rassurant, si on y réfléchit, car cela veut dire que vous n’avez pas à attendre la solution de quelqu’un, que vous ne dépendez de personne sur ce coup-là. Mais cela veut dire aussi que vous ne pourrez pas blâmer les autres de ne pas avoir écrit. Nous sommes responsables de ce que nous entreprenons ou n’entreprenons pas. Le confinement ne vous fera donc pas écrire plus, sauf si vous acceptez de travailler sur vous-même, en vous posant, avant tout, la question suivante : « Pourquoi est-ce important pour moi d'écrire ? » L’écriture n’est pas qu’un état d'esprit, c’est surtout la capacité à prendre les actions nécessaires pour dégager du temps, et utiliser ce temps pour se mettre concrètement à écrire. Vous ne pouvez pas vous proclamer écrivain, ou même vouloir écrire un livre, si vous n’écrivez pas régulièrement (par « régulièrement », il faut comprendre : tous les jours ou presque). L’écriture est une question de priorité. Confinement ou pas, travail ou pas, enfant ou pas, si l'écriture n'est pas une priorité absolue, elle ne démarrera pas toute seule, comme par magie, et ne prendra pas plus d'ampleur que ça. Pour autant, faire de l’écriture une priorité ne veut pas dire « arrêter de vivre ». Vous pouvez tout à fait écrire tous les jours, tout en continuant d’avoir une activité professionnelle (même très exigeante), tout en vous occupant de vos enfants (même petits), tout en gérant les contraintes du quotidien (même nombreuses). Certains l’ont déjà fait, beaucoup le font encore, alors pourquoi pas vous ? Croire qu’il faut attendre l’inspiration ou d’être dans une situation « confortable », que ce soit matériellement ou psychologiquement parlant, est une erreur. Voici quelques recommandations de base pour vous y mettre : Fixez-vous un objectif quotidien réaliste : 300 ou 500 mots par jour, ou 20 à 30 minutes par jour. Mettre la barre trop haut, trop vite, c'est le meilleur moyen de se décourager au bout de quelques jours et c’est donc contre-productif. Écrivez, quel que soit le sujet. Journal du confinement, pourquoi pas. Projet de roman, très bien. Pensées pour vos proches, vous faites d’une pierre deux coups. Démarrez un nouveau projet si vous le voulez, mais ne passez pas trois heures à vous demander par quoi commencer. Ce qui compte, c'est l’acte d'écrire. Ne cherchez pas à écrire « bien » immédiatement, n’attendez pas d’être satisfait de ce que vous avez écrit. Un écrit de qualité vient avec le temps, du travail, beaucoup de travail, de nombreuses heures de réécriture. Ne vous préoccupez pas de la qualité à ce stade. Ecrivez, sans essayer de savoir si ce que vous écrivez est bien ou pas. Tenez-vous à votre objectif et écrivez tous les jours, même (et surtout) lorsque vous n’en avez pas envie ou que vous n’avez pas le moral. Les grands sportifs n’ont pas tous les jours envie d’aller à l’entrainement, mais ils y vont quand même ; ils ne se posent même pas la question. N'oublions pas que lorsque cette crise sera derrière nous (car elle finira bien par l'être), que nous reviendrons à nos petites vies, nous regretterons la période où « nous avions le temps ». Alors, plus tôt vous commencerez à mettre en place de nouvelles habitudes d’écriture , plus vite elles deviendront ancrées, et mieux armés vous serez pour continuer à écrire régulièrement lorsque la vie reprendra le dessus. Prenez soin de vous, écrivez, et n'hésitez pas à partager vos propres astuces en commentaires ! *** Notre stage « Devenir un écrivain discipliné » offre une boîte à outils complète pour mettre en place de solides habitudes d'écriture et en finir avec la procrastination !
- Un enseignant passionné s'empare de notre concours de nouvelles...
En 2025, la troisième édition de notre concours de nouvelles , qui avait pour thème « Proies et Prédateurs » , a rencontré un vif intérêt : notre jury a eu la joie de découvrir un total de 195 textes ! Sylvain Urios, enseignant à l’ÉSAAB du lycée Alain Colas à Nevers, a eu l'excellente idée de s'emparer de notre concours d'écriture pour en faire la base d'un formidable projet pédagogique . Ses étudiants, tous majeurs, ont participé avec le plus grand sérieux à notre concours. Si le gagnant ne faisait pas partie de ces étudiants, ceux-ci n'ont pas démérité : le jury s'est accordé pour dire que la qualité des 5 textes reçus, écrits par 5 binômes d'étudiants, était au moins égale, parfois supérieure, à la moyenne de l'ensemble des 190 autres textes. Bravo aux dix auteurs et à leur professeur ! L'atelier d'écriture by Christine a voulu en savoir plus sur la façon dont Sylvain Urios avait abordé le concours et aidé ses étudiants à travailler leurs textes. Nous avons donc interviewé cet enseignant, passionné par sa mission de faire progresser les jeunes, et dont la vocation est une évidence. Sylvain Urios et une partie de la promotion 2024-2025 de l’ÉSAAB Pouvez-vous nous présenter l'établissement scolaire dans lequel vous enseignez, ainsi que la classe / section qui a participé à notre concours de nouvelles 2025 ? Sylvain Urios : Le lycée général et technologique Alain Colas se situe à Nevers, dans la Nièvre. Il scolarise 620 lycéens et 260 étudiants. J’enseigne à la fois aux lycéens et aux étudiants. Le pôle lycée est connu pour ses spécialités artistiques : Cinéma, Audiovisuel, Musique, Arts plastiques. Le pôle supérieur accueille en son sein l’ÉSAAB (École Supérieure d’Arts Appliqués de Bourgogne) ; il possède une excellente réputation. Les élèves s’y sentent bien et, tout en étant exigeants, nous prenons soin d’eux ! Comment est née l'idée de participer à un concours d'écriture avec vos étudiants, et plus spécifiquement, pourquoi avoir choisi le concours de nouvelles by Christine? Sylvain Urios : J’ai choisi de participer au concours d'écriture avec mes étudiants de 1ère année en Diplôme National des Métiers d'Art et du Design, car je recherchais un objectif stimulant pour les faire progresser en expression écrite. Amateur de Poe et d’Hoffmann, je souhaitais dès le début me diriger vers la nouvelle. Ayant 44 étudiants, la nouvelle était le format idéal afin de pouvoir gérer l’énorme quantité d'écriture que je savais devoir corriger. Dès septembre, j'ai présenté à mes étudiants quatre thèmes qui me plaisaient et qui sortaient de l'ordinaire, trouvés sur le site Textes à la pelle . Je leur ai proposé d'en sélectionner deux. Ils ont alors notamment choisi « Proies et Prédateurs » . Je dois dire que ce thème m'a quelque peu inquiété puisque je ne savais pas trop sur quel sujet ils allaient écrire... Mes étudiants ont choisi « Proies et Prédateurs ». Je dois dire que ce thème m'a quelque peu inquiété puisque je ne savais pas trop sur quel sujet ils allaient écrire... (Sylvain Urios, enseignant) Quels étaient les objectifs pédagogiques de ce projet de concours de nouvelles? Sylvain Urios : Les étudiants en Diplôme National des Métiers d'Art et du Design ne sont pas des spécialistes de la langue et de l’écriture, et ils ont souvent un rapport compliqué avec l’expression écrite. Ils sont nombreux à m’avoir dit que l’orthographe et la grammaire n’étaient pas leur fort, et qu’ils n’étaient pas très amateurs d’écriture. Il fallait donc que je trouve une solution pour leur prouver qu’ils pouvaient eux aussi écrire avec succès. C’est pour cette raison que je souhaitais sortir du cadre formel qu’ils ont souvent connu, en évitant la répétition de règles théoriques et en pratiquant l’écriture comme un « art appliqué ». Les objectifs étaient donc de prendre du plaisir à écrire et de maîtriser les codes d’un genre littéraire, tout en améliorant leur expression. Ils ont ainsi pu constater qu’écrire n’est pas seulement l’aboutissement d’une inspiration qu’ils perçoivent souvent comme quasi-mystique ! En travaillant sur ce concours, nous avons également étudié d’autres textes : Poe, Maupassant, Hoffman, Horowitz … Ce concours permettait de lier à la fois l'écriture, la connaissance formelle de la nouvelle et le désir de s'améliorer pour donner le meilleur de soi-même en dehors du contexte de notation. En effet, les étudiants savaient qu'ils ne seraient pas notés et, à vrai dire, ce qui m'a le plus étonné, est le nombre de fois où ils ont retravaillé leur texte sans gratification au bout. Ecrire leur a plu, et je crois qu’ils ont aimé raconter une histoire. Les étudiants savaient qu'ils ne seraient pas notés. Ce qui m'a le plus étonné est le nombre de fois où ils ont retravaillé leur texte sans gratification au bout. (Sylvain Urios, enseignant) Comment les 5 binômes d'auteurs ont-ils été constitués ? Sylvain Urios : Les binômes se sont constitués librement. J’avais deux objectifs : les faire travailler en équipe afin qu’ils puissent s’aider à progresser mutuellement ; réduire le nombre de textes à corriger car je ne pouvais pas, en plus de mon travail quotidien, corriger à plusieurs reprises des textes de plusieurs pages. J'ai malgré tout passé de très nombreuses soirées à corriger leurs textes, que j’ai corrigés encore et encore, et j’avoue que, malgré la fatigue accumulée – il fallait moi aussi que je respecte les échéances imposées, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre leurs histoires. De plus le travail de correction a été très positif car j’ai pu constater de nombreux progrès. Ils ont réellement joué le jeu, travaillant avec un grand sérieux pendant les heures de cours et à distance. Samuel Hollard (étudiant) : Oui, les binômes d'auteurs ont été choisis par les étudiants eux-mêmes. En aucun cas notre professeur n'est intervenu afin de les organiser. Amina Lefebvre (étudiante) : Ils ont été constitués par affinités. Noëly Perche (étudiante) : Et aussi parce que nous avions les mêmes idées. Timothé Demeulle (étudiant) : Par affinités dans un premier temps. Avec mon binôme, nous avons ensuite constaté que nous avions la même vision de l’histoire que nous désirions raconter. Nous sommes donc restés ensemble. Nous nous sommes mutuellement apporté des idées. Combien de temps les étudiants ont-ils mis pour écrire et finaliser leurs textes ? Sylvain Urios : La présentation de ce projet a eu lieu dès le mois de septembre et nous avons finalisé les derniers textes mi-janvier… de justesse ! Nous avons été pris par le temps, et je dois dire que sans un réel investissement de la part des étudiants, nous n’aurions pas pu terminer le concours à temps. Le déroulement était clair dès le début : il ne fallait pas perdre de temps et pour cela, il fallait que les textes soient terminés dès le mois de décembre afin de mettre en avant les meilleurs. Ils ont donc eu des échéances régulières afin d’avancer. Les étudiants étaient d’accord pour envoyer une sélection des meilleurs textes à L'atelier d'écriture by Christine afin, je ne vous le cache pas, de remporter le concours. Ce sont eux qui ont sélectionné les meilleures nouvelles lors d’un cours plein d’émotions : certains étaient très heureux que leur texte soit sélectionné, mais d’autres, qui avaient passé énormément de temps à l’écrire, étaient très déçus. J’ajoute, et je le leur ai dit, que certains textes qui n’avaient pas été sélectionnés étaient parmi mes préférés. Samuel Hollard : Je n'ai pas une durée précise à vous donner. Toutefois, je me souviens avoir passé plusieurs heures dans le train à écrire le texte. Ainsi, je dirais que j’ai passé entre 15 et 20h de travail, sans compter les corrections et conseils de notre professeur. Noëly Perche : Nous avons écrit le premier jet en 3-4 heures. Avec les nombreuses relectures, nous arrivons à un temps final, je dirais, d’une bonne dizaine d'heures en tout. Amina Lefebvre : Oui, nous avons été assez rapides au début, la finalisation a été plus longue. Ils ont pu constater qu’écrire n’est pas seulement l’aboutissement d’une inspiration qu’ils perçoivent souvent comme quasi-mystique ! (Sylvain Urios, enseignant) Comment s'y sont-ils pris pour choisir le sujet, écrire la nouvelle, et enfin la finaliser? Sylvain Urios : Ce sont eux qui ont choisi le sujet parmi ceux proposés. Par la suite, ils ont dû respecter trois échéances : je leur ai tout d'abord demandé de rédiger l'incipit et l’épilogue, afin de savoir où ils allaient, ce qui a été, d’ailleurs, le travail le plus compliqué, suscitant de nombreuses interrogations et beaucoup de tâtonnements. J’ai vraiment apprécié leur abnégation dès les premières séances, et j’ai rapidement constaté que ce concours était une excellente idée ! Ils ont ensuite eu jusqu’à mi-novembre pour rédiger la moitié de leur texte, puis un mois de plus pour le finaliser. Ce que j’ai apprécié est d’avoir systématiquement tous les textes à chaque échéance, alors que, je le rappelle, la participation à ce concours reposait sur le volontariat. Cependant, nous avons rencontré très rapidement un problème de taille : le nombre de mots à atteindre (le règlement du concours stipulait un minimum de 5 000 mots). Nous avons étoffé les textes, réfléchi afin de les transformer, mais, si certains groupes ont réussi à respecter cet impératif, ce ne fut pas le cas de tous. Samuel Hollard : Le sujet nous est venu assez vite, il semblait presque évident. Nous avions les prémices en tête afin de percevoir la structure du texte, puis nous avons séparé le travail en différentes parties. Je me suis occupé du début et de la fin, mon collègue s'est chargé du développement. Par la suite, les parties se sont enchevêtrées rapidement. Amina Lefebvre : Le choix du sujet s'est fait par rapport à notre ressenti de l'actualité du moment. Pour l'écriture de la nouvelle, avec Noëly, on a rédigé un script ensemble, puis on a chacune écrit notre vision des scènes, avant de les comparer et de les « mélanger » en tenant compte des forces et des faiblesses de chacune. La finalisation s'est faite en plusieurs parties : les modifications et ajouts, la correction des temps utilisés, et l'orthographe. Noëly Perche : Oui, le sujet nous est venu naturellement. Nous nous sommes en effet inspirées de l'actualité et de nos convictions personnelles afin de créer un script qui résonne en nous. Puis, nous avons mélangé notre travail pour avoir une mixité dans les styles d'écriture. Enfin, nous nous sommes attelées à plusieurs relectures chacune de notre côté. Timothé Demeulle : Le sujet est venu assez spontanément. La télévision a relayé ces dernières années des problèmes de violences policières, et nous voulions mettre en évidence ce problème à travers le sujet « Proies et Prédateurs ». Notre but n’était pas de choisir un camp, mais plutôt de montrer que les torts sont presque toujours partagés. Dans tous les corps de métiers il y a des gens qui font bien leur travail et d’autres mal. Les policiers n’échappent pas à cette règle. Avec Berthille, ma collègue de travail, nous avons beaucoup échangé, principalement par message, pour créer une histoire qui nous parle à tous les deux. Nous avons commencé par élaborer notre scénario. J’ai eu l’idée du début et de la fin, et Berthille a eu les idées pour les principales péripéties du personnage principal. Notre nouvelle est divisée en deux parties ; nous avons rédigé la première partie ensemble. Cependant, cette première partie nous a imposé de faire un bon nombre de compromis, car même si nous étions d’accord sur le scénario, le vocabulaire que nous utilisions différait en de nombreux points. C’est pourquoi notre deuxième partie est divisée en deux : la première entièrement rédigée par Berthille et la deuxième par moi. Ce choix artistique crée une rupture dans notre texte, mais elle se fait, selon nous, à un moment important de l’histoire, au moment où le personnage principal rencontre pour la première fois quelqu’un de bienveillant. Nous avons pensé que ce changement de vocabulaire se mariait bien avec ce tournant de l’histoire. Sylvain Urios et l'autre partie de la promotion 2024-2025 de l’ÉSAAB Quel a été votre champ d'action en tant qu'enseignant ? De quelle manière les avez-vous accompagnés dans ce projet ? Sylvain Urios : Mon rôle dans cet exercice a été de les accompagner dans leur écriture et de leur apporter un éclairage littéraire. Cet accompagnement pourrait se résumer par les deux questions suivantes : comment se construit une nouvelle ? et comment la rédiger ? Il me fallait un point d’appui rapide et efficace pour démarrer l’écriture : j’ai décidé de me servir dès le début du schéma narratif simplifié en 5 étapes de Propp et, à partir du Chat de Poe et de Coco de Maupassant, nous en avons étudié la mise en œuvre et les écarts afin de comprendre son fonctionnement. Cela nous a permis par la suite de jouer avec ce schéma, d’en rompre les codes, en enchevêtrant les différentes étapes par exemple, afin de rendre l’histoire aussi inattendue et intéressante que possible. Dès le début je leur ai précisé que je ne censurerai pas leurs écrits, quel que soit le sujet chois i pour « Proies et Prédateurs » . J’ai unique ment insisté sur le respect des règles de la nouvelle. Lorsqu’une partie ne me plaisait pas, je le leur signalais clairement et j'en discutais avec eux, leur laissant toujours le choix de la garder ou non. Je n'ai pas toujours eu gain de cause… Au fur et à mesure que nous rédigions l’histoire, nous déformions le scénario que nous avions prévu. Une nouvelle histoire apparaissait sous nos yeux. Cela nous a souvent donné de bonnes surprises, mettant en évidence des aspects du personnage auxquels nous n’aurions pas pensé autrement. (Timothé Demeulle, étudiant) Quelles ont été les principales difficultés rencontrées par les étudiants ? Sylvain Urios : Les difficultés ne sont finalement pas venues du thème ou des sujets envisagés par les étudiants ; ils se sont saisis de la thématique « Proies et Prédateurs » à bras le corps, faisant même apparaître spontanément des débats, se questionnant ainsi lors d’une séance sur la signification des « s » dans le thème. Très clairement, leurs plus grandes difficultés ont été syntaxiques. Il a parfois fallu modifier des paragraphes entiers, ce qu’ils ont accepté volontiers. Un autre problème s’est posé : à mon grand étonnement, ils avaient une maîtrise très imparfaite des temps du récit et de la concordance des temps. Finalement, l'orthographe n'a pas été le problème majeur : ils se débrouillent bien mieux qu’ils ne le pensent, même si tout n'a pas été parfait ! Samuel Hollard : Nous avons dû corriger des erreurs de sens ou changer la syntaxe de certaines phrases, voire parfois le temps de nos conjugaisons. Amina Lefebvre : Pour moi, le plus difficile a été de lisser la nouvelle pour que nos deux styles se mélangent. Écrire à deux est difficile, même avec un script sur lequel nous sommes d’accord, car personne n'a la même manière d'écrire. Noëly Perche : De mon côté, la plus grosse difficulté que j'ai rencontrée a été lors de la fin de l'écriture de la nouvelle : la trame étant terminée dans ma tête, il était difficile de réussir à rajouter des scènes pour atteindre le nombre de mots requis. Timothé Demeulle : Ce qui a été difficile pour nous était de mettre en place notre idée principale : notre but était d’éviter que le lecteur ait pitié du personnage principal, tout en faisant en sorte qu’il comprenne pourquoi il agit de façon souvent immorale. L’objectif n’était pas que le lecteur cautionne ses actes, mais qu’il comprenne les motivations du personnage. Le plus difficile a été de lisser la nouvelle pour que nos deux styles se mélangent. Écrire à deux est difficile, même avec un script sur lequel nous sommes d’accord, car personne n'a la même manière d'écrire. (Amina Lefebvre, étudiante) Les étudiants ont-ils été surpris au cours du processus d'écriture ? Qu'ont-ils le plus apprécié durant ce projet ? Sylvain Urios : Pour ces questions, je préfère leur laisser la parole. Samuel Hollard : Ce que j’ai préféré durant ce projet, ce fut d’imaginer l’histoire au fil des paragraphes, de créer un scénario, et de me mettre à la place des personnages, de plonger dans mon propre récit et de laisser mon imagination prendre le dessus. Amina Lefebvre : J’ai apprécié également de voir le texte prendre vie à partir du script : c’était vraiment une étape agréable. Noëly Perche : Ma partie préférée a été lorsque nous avons réfléchi à la trame : j’ai aimé laisser libre cours à mon imagination afin de créer l'environnement le plus intéressant possible et réfléchir aux caractéristiques des personnages - même si tout n'as pas été gardé. Amina Lefebvre : Je n’ai pas été étonnée par le processus d’écriture, si ce n’est que je pensais juste que l'écriture de la nouvelle serait bien plus chronophage. Timothé Demeulle : Pour ma part, j’ai aimé la grande liberté qu’offrait ce sujet, ainsi que le fait de pouvoir travailler à deux. Se donner mutuellement des idées en ayant si peu de contraintes artistiques a été très agréable car cela nous a permis de nous exprimer en toute liberté. Oui, le processus d’écriture m’a surpris ; en effet, au fur et à mesure que nous rédigions l’histoire, nous déformions petit à petit le scénario que nous avions prévu. Une nouvelle histoire apparaissait sous nos yeux lorsque nous l’écrivions et cherchions nos tournures de phrases. Cela nous a souvent donné de bonnes surprises, mettant en évidence des aspects du personnage auxquels nous n’aurions pas pensé autrement. Comment les étudiants ont-ils réagi à l'annonce des résultats et à la lecture des retours critiques faits par le jury ? Sylvain Urios : L'annonce des résultats a été un formidable moment. Il y avait une forme d’impatience et d’appréhension : qu’ont-ils pensé de nos textes ? Je leur ai lu le message de L'atelier d'écriture by Christine , et le compte-rendu des correcteurs * . Je pense qu'ils ont été très touchés que vous puissiez vous intéresser à leur texte, et récompensés d’entendre dire par des correcteurs professionnels que leur travail était de qualité. Et c’est vrai ! Ils ont, je le dis en toute franchise, énormément travaillé. Le retour de L'atelier d'écriture by Christine a été très valorisant pour eux : j’en profite pour complimenter à nouveau mes étudiants, et pour remercier Christine et tous les correcteurs : votre travail permet de promouvoir la littérature avec délicatesse, merci ! Certains étudiants m’ont parlé de participer à d’autres concours : ils se sont rendu compte qu'ils possèdent bien des qualités, et ils peuvent être fiers d’eux. Samuel Hollard : Les retours que vous avez pu m’apporter sur le récit m’ont surpris et m’ont fait plaisir : pour la première fois, l’histoire que j’ai créée a su plaire à quelqu’un d’autre qu’à moi. Cependant, je regrette l’oubli du titre dans notre nouvelle : cela a été une erreur que nous n’aurions pas dû faire. Amina Lefebvre / Noëly Perche : Nous étions complètement d’accord avec tous les retours critiques, et les résultats n'étaient pas surprenants. Timothé Demeulle : J’ai été très agréablement surpris car je ne pensais pas que cette nouvelle susciterait autant d’intérêt de votre part. J’ai été aussi très content d’apprendre que les nouvelles étaient lues en entier, étant donné le grand nombre de participants. * Afin de saluer la démarche pédagogique de leur enseignant et d'encourager ses étudiants à persévérer dans l'écriture, le jury du concours de nouvelles by Christine a envoyé un compte-rendu de lecture des 5 textes candidats à Sylvain Urios. *** Toute l'équipe de L'atelier d'écriture by Christine remercie Sylvain Urios pour son initiative, et félicite les étudiants de l’ÉSAAB du lycée Alain Colas pour leur participation engagée. Nous espérons vous retrouver pour une prochaine édition de notre concours de nouvelles !
- Un nouveau blog littéraire en 2020 !
Cette année, en plus de mon offre d'ateliers à Paris et Casablanca, ainsi qu'à distance, j'ai prévu pour vous de nouveaux conseils d'écriture en vidéos, mais aussi une nouveauté : le lancement de mon blog d'écriture ! Dès la semaine prochaine, je partagerai avec vous mon actualité littéraire , les secrets de mon métier d'écrivain, les difficultés rencontrées dans ma pratique d'écriture et mes solutions pour les surmonter, mes coups de cœur, qu'ils soient littéraires ou personnels, peut-être aussi parfois mes coups de gueule 😉 et bien d'autres surprises ! Vous pénétrez ainsi dans les coulisses de L'atelier d'écriture by Christine , centre de formation à la création littéraire, ouvert à tout adulte qui désire apprendre à écrire de la fiction. L'idée est d'être présente auprès de vous plus souvent cette année, car en ateliers, le programme est tellement dense que nous manquons souvent de temps pour pousser plus loin toutes ces discussions passionnantes autour de l'écriture créative ! Sur ce blog, je développerai donc des techniques narratives, donnerai des conseils pratiques pour organiser sa pratique d'écriture, et partagerai mes conseils de lecture. Car chaque écrivain est avant tout un grand lecteur. Belle année 2020 et à bientôt ! Christine *** Pour ne rien rater de ce blog littéraire, abonnez-vous à notre newsletter !
- Conseils de lecture : 10 livres qui m’ont nourrie en 2020
Quiconque aspire à écrire doit être un grand lecteur. Au-delà du plaisir, de l’évasion, de la connaissance qu’elle apporte, la lecture est également un indispensable laboratoire pour étudier la langue, la narration, la technicité et le sens du romanesque chez des auteurs confirmés, pour ensuite réfléchir et améliorer sa propre écriture. Pour bien écrire, lisez autant que possible ! Parmi les 80 livres que j’ai lus l’année dernière, voici mon Top 10 : La Survivance de Claudie Hunzinger (2012) : C’est LE coup de cœur de l’année. Il est des livres qui vous donnent envie d’acheter et de dévorer l’œuvre intégrale de son auteur. Ce fut le cas avec Claudie Hunzinger, que j’ai découverte avec Les Grands cerfs (rentrée littéraire 2019 - Prix Décembre) et dont j’ai tout lu au cours de l’année 2020, avec une préférence pour La Survivance. Les protagonistes, un couple de libraires en faillite, partent s’exiler dans une maison en ruines, perdue au milieu des Vosges. Ils n’ont ni électricité, ni eau courante, ni voisin, ni revenus, mais des cartons pleins de livres de leurs écrivains de prédilection. Ils trouveront dans cette survie un élan de vitalité qui les amènera à désirer de nouveau. Claudie Hunzinger est une écrivaine de nature writing , un de mes genres littéraires de prédilection, né aux Etats-Unis avec Henry David Thoreau et son célèbre Walden (1854). I Know Why the Caged Bird Sings de Maya Angelou (1969) : Un classique de la littérature américaine qui se trouvait sur ma liste de lecture depuis près de deux décennies. Dès les premières pages, j’ai regretté d’avoir attendu tout ce temps avant de le commencer. Une histoire autobiographique poignante, des descriptions qui font dorénavant partie des modèles que j’étudie lorsque je travaille à améliorer les miennes. Le Palais des orties de Marie Nimier (2020) : Un très très bon roman, qu’on dévore comme un thriller ! L’écriture de Marie Nimier à son apogée dans son seizième roman. Impossible de comprendre que ce titre ne soit apparu dans aucune des premières sélections de prix littéraire de cette année. Les Magnolias de Florent Oiseau (2020) : Cynisme, humour, tendresse, légèreté et profondeur : Florent Oiseau réussit l’exploit de nous faire pleurer de rire et d’émotion en abordant avec beaucoup d’honnêteté des sujets qu’on aimerait plutôt oublier. « Quand on y réfléchit un peu, de façon honnête, quand on passe du temps dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, alors on comprend qu’on ne plaint pas les vieux, qu’on n’est pas triste pour eux. On est triste pour nous, triste de s’imaginer à leur place un jour ou l’autre. C’est toujours soi qu’on plaint le plus, et de loin. » Publié aux éditions Allary, Florent Oiseau a aujourd’hui 30 ans. C’est un jeune romancier talentueux dont on parle peu. Il était surveillant dans un lycée de la banlieue parisienne lorsqu’il a écrit son premier roman, Je vais m’y mettre, ainsi que Paris-Venise. The Thing Around Your Neck de Chimamanda Ngozi Adichie (2009) : Un autre auteur dont j’ai lu toute l'œuvre. The Thing Around Your Neck est un recueil de nouvelles, le seul ouvrage de Chimamanda Ngozi Adichie que je ne connaissais pas encore. On y retrouve ses thèmes de prédilection (le rôle de la femme, le rêve américain, la violence du colonialisme, les différences culturelles), ainsi que son écriture souvent proche de l’oralité qu’on aime tant. Une grande romancière contemporaine à découvrir, si vous ne la connaissez pas encore. Fugitives d’ Alice Munro (2004) : Prix Nobel de Littérature 2013, Alice Munro est la seule nouvelliste à avoir reçu le prestigieux prix. Chacune de ses nouvelles est une véritable pépite. Dans Fugitives , huit femmes, comme les autres, quittent leur domicile un beau matin, par usure ou par hasard, sans se retourner. Victor Hugo d’ Alain Decaux (1984) : Le « monstre » Hugo valait bien une biographie de plus de 1000 pages ! Victor Hugo, bourreau de travail qui, dès l’âge de quinze ans, tous les soirs avant de se coucher, apprenait par cœur trente vers de Virgile, Horace ou Lucrèce, pour en faire la traduction le lendemain au réveil. C’était sa gymnastique à lui. Dès lors, il travaille, sans relâche, comme un forcené : « Je travaille depuis vingt-huit ans, car j’ai commencé à quinze ans. Je n’ai point hérité de mon père. Depuis vingt-huit ans, je ne me suis pas encore reposé deux mois de suite. J’ai élevé mes quatre enfants. J’ai refusé les bourses offertes à mes fils et à mes filles, ayant le moyen de faire élever mes enfants à mes frais et ne voulant pas mettre à la charge de l’Etat ce que je pouvais payer moi-même. Avec le revenu, je vis, je travaille toujours, et je fais vivre onze personnes autour de moi. Je ne dois rien à qui que ce soit. Quant à moi, je porte des paletots de vingt-cinq francs, j’use un peu trop mes chapeaux, je travaille sans feu l’hiver, et je vais à la Chambre des pairs à pied, quelquefois avec des bottes qui prennent l’eau. Du reste je remercie Dieu, j’ai toujours eu les deux biens sans lesquels je ne pourrais pas vivre : la conscience tranquille et l’indépendance complète. » On ne devient pas un monument de la littérature par hasard. The Catcher in the Rye de J. D. Salinger (1951) : C’est le livre que je relis tous les deux ans environ, depuis sa redécouverte en 2001. Lu une première fois dans sa traduction française pendant mon adolescence, il ne m’avait pas laissé de grand souvenir ni d’impression forte. Mais le texte original, en américain, a eu une résonance particulière chez la jeune adulte que j’étais. Le protagoniste, Holden Caulfield, crie son désespoir et son sentiment d’aliénation à vivre dans une société de faux-semblants, régie par l’argent et les succès de façade. Nous sommes à New York, vers la fin des années 1940, et pourtant, le propos est plus que jamais d’actualité et universel. Ecrit dans un point de vue interne à la première personne, la voix d’Holden Caulfield est pleine de sincérité, de sarcasme, d’humour et d’une humanité qui me ramène à mon propre monde intérieur. Chaque fois que je relis The Catcher in the Rye , je me sens accompagnée dans ma contemplation de la société. Pour résumer ce qu’est ce livre à mes yeux de lectrice, je citerai justement l’un de ses passages : « What really knocks me out is a book that, when you're all done reading it, you wish the author that wrote it was a terrific friend of yours and you could call him up on the phone whenever you felt like it. That doesn't happen much, though. » Traduction française : « Mon rêve, c’est un livre qu’on arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. Mais ça n’arrive pas souvent. » A lire de préférence dans sa langue d’origine donc, car certains textes perdent de leur force une fois traduits. The Writer's Process: Getting Your Brain in Gear de Anne Janzer (2016): Un essai sur le processus créatif de l’écrivain. L’auteur expose ainsi sa théorie : chaque écrivain possède (doit faire en sorte de posséder) deux « cerveaux » : celui du scribe (discipliné) et celui de la muse (créatif). Le processus d’écriture d’un livre se composerait de 5 étapes selon l’auteur, chaque étape étant réalisée alternativement, soit par le scribe, soit par la muse. Ainsi, pour aller jusqu’au bout de ses projets d’écriture, un écrivain doit être capable d’actionner ces deux « cerveaux ». L’auteur insiste cependant sur le rôle prépondérant du scribe : une idée, aussi créative soit-elle, ne s’écrira jamais toute seule. L’écrivain se doit donc d’ apprendre la discipline avant tout . Description de Monica Wood (1995 – en anglais uniquement) : Un excellent livre sur l’écriture des descriptions, le fameux principe du « Show, don’t tell », et bien d’autres aspects de l’écriture littéraire traités avec technicité. Plus d'idées et de recommandations de lecture : Les conseils de lecture du CNL (Centre National du livre) : des centaines de titres classés par thématiques (« science-fiction et anticipation », « cinéma et littérature », « musique à lire », « histoires d’amour », etc.). Sélection Fnac : Les 20 livres à lire dans sa vie . Des classiques qu’on ne présente plus pour la plupart, tous représentatifs d’une littérature assez exigeante mais universelle. Leslibraires.fr mettent régulièrement à jour leurs conseils de lecture en fonction des dernières parutions. Ne vous arrêtez pas aux lauréats ou finalistes des prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis...), demandez aussi conseil à votre libraire, visitez les sites internet ou abonnez-vous aux newsletters de vos maisons d'édition favorites (Actes Sud, l'Iconoclaste, l'Olivier...) pour découvrir de nouveaux talents littéraires. *** En plus du plaisir de la lecture, savourez le plaisir de discuter de lecture avec d'autres passionnés en rejoignant le Club de lecture by Christine . Chaque mois, un nouveau titre est proposé :











